Comment vivre sans Dieu?

Comme à mon habitude je tiens à définir d’où je parle dès le début de cet article. Il est des sujets dans lesquels nous nous devons d’avancer avec prudence et transparence. Cette aventure je la mène donc en athée de gauche. Ni agenouilleur ni agenouillé je regarde de loin les questions religieuses mais, et c’est là un combat permanent contre soi, il me semble que la juste posture est celle de l’athée qui, abandonnant la religion, n’abandonne pas la transcendance. L’irrévérence française à l’égard de la religion ne doit pas nous aveugler sur son importance, sur l’espace qu’elle comble dans les êtres, et les vides, surtout, qu’elle laisse lorsqu’elle disparaît. A la manière d’un Michel Houellebecq je pense que la sécularisation du monde Occidental laisse un grand vide dans les esprits que l’on se doit de regarder en face afin de comprendre les enjeux qui nous sont contemporains.

La perspective économique comme explication potentielle des dérives terroristes me semble en cela bien incomplète. Nous avons une incapacité toute particulière à dire le monde par d’autres prismes que le chômage, les dotations ou le pouvoir d’achat. Notre lecture économique du terrorisme porte un regard froid et partiel sur les personnes radicalisées. On mobilise les chiffres, regarde avec attention la précarité de certaines zones, propose de repeindre des façades de HLM pour les plus généreux, et puis on oublie. La matérialité est insuffisante pour rendre compte du mal être profond qui anime notre civilisation. Il me semble que si lecture économique il doit y avoir cette dernière doit se poser la question suivante : le marché comble-t-il le manque laissé par un Dieu absent ? Il m’apparaît très clairement que le consumérisme effréné de nos sociétés a tué les dernières bribes de fulgurances dont l’humain état capable. La relation entre consommateur et producteur et l’aliénation qu’elle produit détruit l’idée même de ce qu’est la transcendance qu’apportait justement la religion. Le marché, lui, ne nous relie pas à un tout, ne nous parle pas de qui nous sommes et de ce que nous avons à faire sur Terre ensemble. Dans un monde où l’excitation ultime réside dans la seule idée de pouvoir aller consommer le week-end dans la zone commerciale la plus proche il n’y a plus de place pour l’absolu. Ainsi, comprendre le terrorisme (et l’époque en général) par le seul prisme de la matérialité relève d’une feignantise intellectuelle dangereuse. Il nous faut nous poser la question de l’immatériel et du besoin que nourrissent certains de remplir un vide laissé par Dieu et jamais réellement comblé par une époque de l’immédiateté et du vide. Les français partant faire le djihad quittent une misère économique pour rejoindre une misère économique bien plus grande encore. Ces gens-là ne vont pas se faire sauter pour rien et il serait bon d’abandonner le discours sur cette jeunesse nihiliste qui, facilement endoctrinée, irait sans trop savoir pourquoi déverser son sang sur des terres qu’elle ne connait pas. Ces personnes, je le pense, vont chercher là-bas ce qu’ici nous ne savons plus produire. La religion nous donne une explication de l’origine de la vie, de son but, et d’une suite possible après la mort. Repeindre des façades et injecter de l’argent dans les banlieues peut être une première réponse au problème mais l’on n’injecte malheureusement pas du sens comme on injecte de l’argent. Qui peut-encore réellement s’en remettre au marché et à sa rationalité supposée pour insuffler du sens dans nos vies ? S’il nous faut parler d’économie, parlons donc de ce système qui, non content de ruiner les dernières sociabilités, s’attaque à l’intime même et creuse à notre endroit des vides dont il m’apparaît qu’ils devront être remplis.

Plusieurs solutions s’offrent donc à nous. La première c’est un réencastrement du religieux dans nos vies. Cette première option, et c’est malheureusement ce qui est en train de se passer, ne se fera qu’avec violence car le vide de nos sociétés est désormais béant. Ce réencastrement signerait un retour en arrière dommageable car il serait mené par ceux qui, justement, de la religion ne retiennent pas la transcendance et la spiritualité. Qui ne retiennent pas, en définitive, l’intime. La deuxième solution, et celle-ci marche formidablement bien avec la première, c’est l’immobilité et l’espérance que le marché saura, comme il a réponse à tout, recréer nos équilibres. Nous ne sommes malheureusement pas des marchandises et la rationalité suprême, elle, ne fera que creuser le trou dans lequel nous nous enterrons. La dernière solution, enfin, demande que l’on ait du courage. Le courage, peut être, d’affronter le délabrement d’une civilisation et de réfléchir à la transcendance, à la dignité humaine et au sens que nous voulons donner à nos existences comme à notre existence en commun. Ce débat est vaste et je n’ai malheureusement pas les réponses. L’art, la culture et la politique, s’émouvoir d’une lumière et pleurer devant des lettres, voilà qui peut être nous relierait au passé et au futur et, peut être de manière encore plus importante, nous relierait à l’humanité. Il nous faut redonner du sens à l’inutile, à la beauté lente et non-rentable, à l’infructueux. Mais cela, une fois de plus, paraît bien plus compliqué que de repeindre des façades et estimer que l’on peut désormais dormir sur nos deux oreilles.

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