L’avocat, cette merde.

L’avocat c’est le joyeux compagne de l’époque. Adulé par beaucoup pour ses vitamines, protéines et autres acides gras cet or vert s’est rapidement retrouvé propulsé icône des réseaux sociaux. En toast, en tranches, en purée, en salade, l’avocat se décline sous toutes ses formes et, au détour d’un post Instagram, jouit d’une image de fruit responsable en ce qu’il permet à beaucoup de maintenir du désir gustatif même en l’absence de viande. Ainsi, l’avocat s’impose comme un substitut pour remplacer les sources de gras traditionnels (beurres et œufs). Parmi les plus gros producteurs d’avocats on retrouve le Mexique, l’Afrique du Sud, Israël ou encore l’Espagne. Du côté des consommateurs, les États-Unis, le Mexique et la France, première consommatrice européenne. Néanmoins derrière la popularité toute nouvelle de ce fruit venu du Mexique et importé en Europe au XVIIème siècle se cache un désastre aux multiples facettes.

La destruction des écosystèmes locaux

Au Mexique se joue un drame qui, car lointain et abstrait, reste silencieux. La production d’avocats nécessite l’exploitation de larges parcelles de terre. Néanmoins, et c’est là tout le problème, au Mexique comme ailleurs, le succès commercial de la production d’avocats se conjugue très mal avec la préservation des paysages locaux. Des forêts entières sont donc détruites pour notre bon plaisir et participent à l’homogénéisation productive et esthétique de régions entières. En dehors de la seule considération esthétique qui pourtant devrait constituer une perspective fondamentale dans notre manière de penser le changement climatique c’est aussi une augmentation drastique des températures qui se joue. Les écosystèmes s’en voient donc chamboulés et la faune et la flore locale s’effacent au profit de larges parcelles d’avocats. Pour ce qui en est des populations locales, l’expansion de cette culture s’est accompagnée d’un mouvement similaire d’expansion des maladies respiratoires et digestives dont il est fort probable qu’elles découlent de l’usage intensif de produits agrochimiques dans les environs (et donc de la contamination de l’air comme des eaux utilisées par les habitants).

Un impact écologique considérable

Au risque d’en décevoir certains les avocats achetés chez la grande distribution ne poussent pas miraculeusement sur les avocatiers. Ils sont d’abord placés dans une pépinière plongée dans une lumière noire (pour imiter l’opacité souterraine) puis, lorsqu’ils atteignent la taille souhaitée, ces derniers sont transférés dans une pièce baignée par une lumière verte où ils seront imprégnés d’hormones avant de transiter jusqu’à une serre. Les pousses une fois assez robustes sont greffées à d’autres arbres considérés plus résistants comme les pommiers. Une fois sur l’exploitation les avocatiers deviennent d’énormes pompes à eau, on estime d’ailleurs que la production d’un kg d’avocat demande l’exploitation de 1000 litres d’eau (130l pour un kg de salade, 180l pour un kg de tomates). Les avocats sont ensuite acheminés par des cargos en Europe. Ils doivent être maintenus à une température relativement basse pour ne pas déclencher leur maturation, et sont emballés individuellement pour ne pas qu’ils soient abîmés par le voyage. Arrivés en Europe ils sont amenés dans des structures spécialisées où on accélère leur processus de maturation en diffusant de l’éthylène en gaz. Ensuite ? Ils sont acheminés par camions vers les différents pays d’Europe ou sont transformés par l’industrie agro-alimentaire. Bilan énergétique ? De la défiguration des sols jusqu’à l’acheminement final en passant par l’usage de pesticides et d’un volume exorbitant d’eau : les avocats, c’est dramatique pour la planète.

Un symptôme de l’époque

Les avocats sont bien entendu un exemple parmi tant d’autres. Il y a néanmoins dans le contraste entre leur soudaine popularité et leur empreinte écologique pourtant terrible quelque chose qui nous parle de l’époque. Là où beaucoup commencent à comprendre qu’il nous faut repenser nos modes de consommation, qu’il faut consommer moins (ou plus du tout) de viande, il y a toujours une incapacité à penser le changement climatique en tant que système. Si les mêmes mangeurs d’avocat qui épanchent goulûment leur désir gustatif sur les réseaux sociaux le font souvent par prise de conscience de la souffrance animale ou par volonté de manger « healthy » il passent à côté de l’essence même du problème. Le réchauffement climatique est une affaire de souffrance animale, certes, mais aussi de système économique, de préservation des paysages, de respect des modes de production et des population locales. Abandonner un mode de consommation est une chose mais sans réelle prise de conscience générale et généralisée il y a fort à parier que de telles aberrations persisteront toujours. En bref faire incarner à une vache le réchauffement climatique reste certainement plus facile que de se le représenter dans ses formes les plus abstraites.

Références:

L’avocat en chiffres : https://www.consoglobe.com/avocats-aliment-controverse-cg

La consommation d’eau dans la production d’avocat: http://www.slate.fr/story/93209/avocat-secheresse-californie-chili

Le processus de production : https://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20161117.OBS1338/vous-ne-regarderez-plus-jamais-les-avocats-de-la-meme-facon.html

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