Et Dieu créa Darwin

La théorie de l’évolution de Charles Darwin résonne pour beaucoup de manière familière. A la manière de ces livres dont on sait qu’ils sont fondateurs sans se souvenir des mots qu’ils contiennent ladite théorie a réussi à acquérir une autorité que beaucoup ont néanmoins du mal à expliquer. Ainsi il m’apparaît qu’une vulgarisation expresse est toujours préférable à une ignorance coupable, notamment quand il s’agit d’expliquer une théorie qui nous explique. Les mots qui suivent sont donc davantage ceux d’un curieux que d’un scientifique.

Et Dieu créa Lamarck et Malthus…

Si la théorie darwinienne définit les mécanismes sélectifs de l’évolution cette dernière n’est pourtant pas la première à esquisser l’idée que la vie sur terre relève plus de la dynamique que de l’immobile. Le premier réel apport à la théorie de l’évolution remonte en effet à Jean-Baptiste Lamarck, un naturaliste français né du XVIIIème siècle. Le lamarckisme s’oppose au fixisme qui stipulait alors qu’il ne pouvait exister de transformation des espèces végétales et animales (ces dernières ayant étés instituées en l’état par un pouvoir créateur). Lamarck avance donc en 1809 dans sa Philosophie zoologique l’idée que les animaux sont inscrits dans un processus de complexification graduel (allant ainsi du plus simplement doté au plus complexe) et que ces derniers se sont diversifiés au contact de leur environnement. Si cette théorie n’est alors motivée que par les hypothèses et autres croyances de son auteur elle constitue néanmoins le point de départ de ce que sera le darwinisme.

La seconde théorie qui influencera Darwin est celle de Thomas Malthus qui, dans son Essai sur le principe de la population paru en 1798, théorise l’idée que les besoins de la population humaine croissent plus vite que ses ressources et que la totalité des individus ne peut donc pas survivre face à un monde qui, lui, est limité. Cette idée d’une sélection des plus aptes appliquée à l’économie et à la démographie constitue la première réelle théorisation, dans une autre discipline, de la sélection naturelle.

… Puis se rend très vite compte qu’il ferait mieux de créer Darwin…

Charles Darwin naît en 1809 (année de publication de la Philosophie zoologique de Lamarck) dans une famille croyante de Shrewsbury. Son père, médecin, l’orientera dès ses 16 ans vers des études de médecine à l’université d’Édimbourg où il se passionnera pour la taxidermie et se familiarisera à la pensée lamarckienne. Ses parents alors inquiets de ses errances intellectuelles, l’inscriront quelques années plus tard à des cours de théologie à Cambridge que leur fils terminera avant de s’embarquer en 1831 en tant que naturaliste sur le Beagle, un navire de la Royal Navy. Les cinq années de voyage (1831-1836) finiront par amener notre naturaliste jusqu’aux îles Galapagos où il découvrira de nombreuses espèces animales et végétales jusque là non-répertoriées. C’est ainsi en visitant les différents îlots de l’archipel que Darwin observe un nombre important d’espèces semblant dériver les unes des autres et que germe en lui l’idée que les espèces pourraient se modifier et évoluer au fil du temps.

…Qui théorise sa rébellion contre son propre créateur…

C’est réellement en 1859 dans son ouvrage De l’origine des espèces que Charles Darwin théorise enfin l’évolution. Sa pensée s’appuie sur une idée simple mais néanmoins fondamentale : la sélection naturelle. Prenons l’exemple des phalènes du bouleau ces papillons qui, comme leur nom l’indique, vivent sur les troncs des bouleaux. Durant la période d’industrialisation en Grande-Bretagne l’habitat naturel de ces insectes se voit rapidement changé, les troncs se noircissent à cause de la pollution et vont ainsi constituer une contrainte de milieu pour les phalènes. Il existait en effet à l’époque deux sortes de phalènes : les blanches et les noires. Avec le noircissement des troncs d’arbres les papillons blancs, eux, devinrent des proies visibles pour les prédateurs. Ainsi, petit à petit, les papillons noirs ayant un meilleur taux de survie grâce à leur avantage (leur couleur) ils se reproduisent plus et deviennent bien vite majoritaire. A l’inverse lorsque le phénomène de pollution est atténué et que les troncs redeviennent plus clairs les papillons noirs, eux, sont désavantagés et redeviennent minoritaires. Pour généraliser, nous avons d’abord une diversité des allèles (rendant les papillons noirs ou blancs) elle-même due à une mutation créant une diversité au sein des phalènes. La survie de ces insectes dépend ensuite de leur adaptabilité à leur habitat naturel. Ceux ayant la chance de vivre plus longtemps pourront ainsi se créer une descendance et ces allèles maintenant considérés comme avantageux seront transmis à d’autres phalènes qui, elles-mêmes, seront plus adaptées et donc plus à-même de survivre. Les contraintes du milieu en rapport avec l’habitat, la nourriture ou encore les possibilités de reproduction d’une espèce permettent de souligner l’inégalité de ces dernières face à leur capacité d’adaptation. Celles qui peuvent s’adapter connaissent un succès reproductif et transmettent leurs allèles avantageux, il y a donc ici un processus d’évolution des fréquences alléliques en fonction du succès reproductif des espèces.

darwin 2

…Et finit par le tuer…

L’histoire de Darwin c’est celle d’une trouvaille intellectuelle : nous n’avons plus besoin d’en appeler à une quelconque puissance créatrice pour expliquer le développement de la vie sur Terre. La théorie de l’évolution est à la science ce que la souveraineté est à la politique. Mais il faut à toute théorie, pour qu’elle gagne en autorité, des vérifications et une montée en lisibilité. Il faudra attendre les années 1920 et les travaux de Sewall Wright et Ronald Fisher pour établir la pertinence statistique (et donc empirique) de l’action de la sélection naturelle. Qu’en est-il aujourd’hui ? La théorie de l’évolution est loin d’être intouchable intellectuellement et se voit questionnée à la fois par des scientifiques contemporains et par le dogme des créationnistes qui, plutôt que d’accepter l’évolution et de penser sa coexistence avec l’idée d’un Dieu unique, crient à l’imposture.

Petit florilège de négationnistes

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Références :

Très rapide vulgarisation : https://www.youtube.com/watch?v=SkPc_HAepPQ

Le cas de l’obésité pour comprendre Darwin: https://www.youtube.com/watch?v=vrRUZAewUXM

10 idées reçues sur la théorie de l’évolution : https://www.letemps.ch/sciences/2015/08/11/dix-idees-recues-theorie-levolution

Encore de la vulgarisation: http://hitek.fr/actualite/theorie-evolution-pour-les-nuls_5861

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