Philippine dans un corps d’Américaine? L’interview de Ja Du.

Vous avez peut être déjà entendu parler de Ja Du, peut être même vous souvenez-vous des memes à son effigie et des articles à son propos. La raison de cet engouement ? Ja Du est une femme transgenre américaine caucasienne qui s’identifie comme étant Philippine. Si l’Internet en a fait un phénomène, que les médias, jusqu’à Fox News, se sont passionnés pour son histoire, il paraît pourtant difficile de s’élever au dessus du rire et de l’anecdote pour questionner son identité. L’analyse du parcours de Ja Du peut néanmoins s’avérer intéressante pour tenter de comprendre l’époque, ses questionnements et la fluidité de ses identités. C’est d’ailleurs parce que son parcours nous amène aux marges du compréhensible, qu’il tend le réel jusqu’à ses plus improbables extrémités, que j’ai décidé de mener cette interview le 31 Janvier dernier. Au programme : une réflexion sur l’identité et, au gré du l’interview, des réflexions plus ou moins subversives et polémiques sur l’immigration, la gauche américaine, le genre et la race (voir l’article précédent pour comprendre le sens que je donne au terme). Cette interview, longue d’une heure, je me propose de la retranscrire ici en français.

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Corrigez-moi si je me trompe mais : vous êtes née homme, américain et blanc, et vous vous définissez maintenant comme une femme trans Philippine. Est-ce correct ?

C’est ça qui est drôle, les médias ne gardent que la partie la plus sensationnelle de mon histoire et me représentent d’une manière qui est différente de la manière dont je me représente moi-même. J’ai été interviewée pendant des heures, et sur ces heures beaucoup ne choisissent de garder que les parties les plus juteuses et font des vidéos d’une minute qui attirent l’attention de personnes partout autour du globe. Donc oui, je suis née aux États-Unis, et, non, je ne m’identifie pas forcément comme femme. Je ne ressemble ni à une femme ni à une Philippine dans ma vie de tous les jours.

J’ai vu des interviews de vous où les médias concernés choisissaient de montrer cette image de vous entrant dans votre tuk-tuk rose, ce qui me semble être une image assez stéréotypée, non ?

Oui ils s’en fichaient de ce dont je voulais parler. Je voulais parler du fait que la communauté LGBT n’est pas si ouverte d’esprit qu’elle le dit et je voulais aussi parler d’intersectionnalité…

Ce que vous n’avez pas pu faire dans votre interview sur FOX News…

Oui j’étais vraiment nerveuse. C’est facile pour moi de parler de ces sujets mais j’étais dans un environnement qui ne m’était pas familier.. J’étais nerveuse du début à la fin, je ne prépare jamais rien, je veux que ce que je dise soit original.

J’ai lu dans une interview que, lorsque vous êtes en présence de musique ou de nourriture philippine, que vous regardez des reportages historiques sur la question, vous vous sentez « dans votre propre peau ». Cette fascination culturelle, si on peut l’appeler comme ça, elle est arrivée à un moment précis ou c’est quelque chose qui remonte à longtemps?

Aussi loin que je puisse me souvenir j’ai toujours eu cette fascination ou cette affinité pour cette culture. C’est comme ça, les gens ont naturellement des affinités pour, par exemple, le punk-rock, les idéologies ou autre.

Donc vous appelleriez ça une affinité ?

Oui j’appelle ça une affinité. Je ne pratique pas vraiment la culturelle philippine dans mon quotidien, c’est juste que nous avons naturellement des affinités. Je ne vous connais pas si bien que ça mais je suppose qu’il y a des choses pour lesquelles vous avez naturellement des affinités. Je ne sais pas ce que les Français aiment…

Se plaindre, le fromage et le vin.

Oh, donc pour aussi longtemps que vous puissiez vous souvenir vous avez eu une affinité pour la culture culinaire française, donc vous vous identifiez à cette culture et vous vous en entourez.

Oui bien sûr qu’en étant français j’ai des affinités avec la culture française dont suis natif. Avez-vous eu eu des influences de votre entourage, votre famille, dans la création de cette affinité ?

Je me demande si ces crises d’identité sont dues à l’éducation ou si ça arrive naturellement. Personne ne m’a jamais vraiment fait entrer dans la culture philippine, je pense que c’est moi-même en tant que jeune garçon, j’ai commencé à m’y intéresser et personne ne m’a arrêté si vous comprenez ce que je veux dire.

Ce qui est intéressant c’est que, pour moi, et vous pouvez me corriger, être Philippin signifie plusieurs choses distinctes : faire partie d’une race distincte / de la République des Philippines / d’une culture, de valeurs, d’une communauté de sens. Vous vous reconnaissez dans ces catégories ?

Pour moi je pense que c’est un mix entre le culturel et le racial, je pense que c’est surtout esthétique. Si vous regardez notre communauté (ndlr : transracial) il y a une femme allemande qui s’identifie comme étant Africaine mais elle va beaucoup plus loin que beaucoup de gens. Elle a eu recours à d’extrêmes bronzages chimiques, elle a eu des implants et si vous ne la connaissiez pas avant vous penseriez qu’elle est naturellement née noire. Et je pense que c’est comme ça pour beaucoup de gens. C’est surtout esthétique. Je connais des gens dans notre communauté qui s’identifient aussi aux valeurs et à la culture d’autres endroits. Une grande partie de notre communauté est faite de personnes qui s’identifient à la culture japonaise par exemple. Ce sont des gens qui viennent en masse de la culture des animes.

Quand vous parlez d’esthétique vous pensez à des caractéristiques physiques ou à une esthétique culturelle ?

Je pense que c’est surtout physique pour ces personnes. Personnellement, je ne parle pas pour la totalité des personnes trans-raciales, mais j’apprécie l’aspect culturel, les valeurs philippines comme l’idée qu’il faut travailler dur.

D’accord. Quand j’ai regardé la définition du trans-racialisme, et je sais que c’est un terme qui est jeune et donc polémique, il est souvent défini comme le fait de ne pas se reconnaître dans la race qui nous a été assignée à la naissance et…

C’est intéressant que vous parliez de définition. Je parlais à des cameramen et au personnel qui s’occupe des studios avant d’être interviewée par Tucker Carlson (ndlr : FOX News) et ils me disaient « ah ça ressemble beaucoup aux francophiles du 19ème siècle » et j’ai vraiment été intéressée par ce phénomène. Je me suis renseignée. Il y avait en effet des gens qui s’identifiaient à la culture française. Mais je pense que la francophilie est différente du trans-racialisme qui est plutôt un terme neutre pour quiconque s’identifie à une autre race.

Oui et je pense que la francophilie s’arrête à l’aspect culturel alors que le trans-racialisme fonctionne plutôt sur une incarnation, sur un sentiment intérieur que quelque chose ne correspond pas à qui vous êtes réellement. Ce qui n’est pas le cas quand vous aimez simplement beaucoup une culture.

Oui, on a retrouvé des témoignages de personnes qui disaient « oh je me sens comme un français qui serait né sur une autre terre ». Mais une des choses que les gens comprennent peu à mon propos c’est que j’apprécie ces crises d’identité. Ce que je n’aime pas, par contre, c’est que les médias m’attaquent sans vouloir réellement me parler. Ils supposent des choses à mon propos et sont contents de cette image, ce personnage trans-racial bizarre que je leur offre. Mais je ne sais même pas moi-même comment je m’identifie.

Ce qui est intéressant c’est que vous parlez de crise d’identité, c’est à dire de quelque chose d’intime, mais quand vous en parlez dans les médias ça devient public et une distance ce crée entre votre intimité et le fait que les gens se mettent à débattre dessus.

De base notre groupe Facebook était relativement calme. Ça a commencé en 2015 et je n’espérais pas que quoi que ce soit en naisse, mais ça intéresse les gens et je ne peux rien faire contre l’intérêt des gens. Je vais en parler si on me le demande mais je pense que les médias aiment en parler parce que ça dit quelque chose de l’idéologie de gauche. Il y a tellement de gens qui ne veulent pas comprendre que d’autres personnes soient confuses par leur identité. Mais si vous n’arrivez pas à comprendre les mauvaises perceptions que les gens ont de vous ou pourquoi ce que vous faîtes peut paraître bête ou ridicule… J’ai conscience que ce que je fais peut paraître ridicule et c’est pour ça que je peux avoir de magnifiques discussions comme celle que j’ai pu avoir avec Tucker Carlson et des tas d’autres gens qui ne parlent normalement pas à des trans. Parce que quand vous regardez dans les médias, tout ce que vous voyez des trans c’est qu’ils sont fous et qu’ils crient. Je veux que ces personnes ouvrent leurs yeux et ouvrent des dialogues avec d’autres gens.

Vous pensez que c’est une bataille entre gauche et droite ? De ce que je comprends il y a une partie de la gauche, des progressistes, qui est contre l’idée même de trans-racialisme parce que cette idée neuve vient remettre en question une certaine manière de voir la société.

Oui j’ai des théories pour l’expliquer. Je pense que… Il y a ce mec noir qui s’identifie comme blanc. Il n’a pas explosé médiatiquement autant que je l’ai fait. Et je pense que c’est parce que nous vivons dans une culture qui est, au moins aux États-Unis, contre les hommes blancs. Et ils (la gauche) devraient m’accepter dans ce groupe de « personnes étranges » mais leur idéologie ne leur permet pas de le faire. J’étais à la radio récemment avec des gens qui voulaient me détester de base parce que je suis ce personnage transgenre Philippin et trans-racial. Mais au bout de quelques questions on a commencé à parler de sujets qui sortaient du cadre et on a commencé à rire ensemble. C’était beau. Puis j’ai regardé mon Twitter et plein de gens me disaient que je devais devenir une habituée de cette émission. Un gars en particulier, et ça compte beaucoup pour moi, avait beaucoup de signes confédérés sur son profil. C’était un gars qui n’aurait jamais apprécié une discussion avec une personne trans. Mais il a pensé que j’étais cool. Et si je peux casser les stéréotypes selon lesquels des groupes ne peuvent pas se parler c’est formidable. Je veux casser ces barrières et que les gens se parlent. Je déteste ce qui se passe maintenant.

Vous êtes invitée dans plusieurs shows parce que vous avez cette approche particulière de la race, mais vous réussissez à faire oublier à vos interlocuteurs pourquoi vous êtes là et vous dépassez le débat initial.

Oui c’est quelque chose dont ma mère parlait. Quelqu’un peut venir me parler avec toutes ces attentes sur à quel point je suis folle mais je leur prouve qu’ils sont dans le faux. Peut être que ce sont les personnes d’extrême gauche qui, en fait, ne veulent pas parler à des hommes blancs hétérosexuels. Je veux simplement que les gens soient plus appréciables, chacun a la capacité de devenir aimable, c’est une qualité naturelle qu’on a vous et moi.

Vous pensez pouvoir être comparée à Rachel Dolezal ?

Non je ne pense pas. D’une manière oui, de l’autre non. Ce que je veux dire c’est qu’elle ne s’identifiait pas comme trans-race (1), elle tentait de faire croire qu’elle était noire. Ce n’est pas ce que je fais. Je ne le ferai jamais. Je ne trompe pas les gens en leur faisant croire que je suis Philippine. C’est la différence entre elle et moi.

En français nous n’utilisons pas le terme race, mais être noir n’a pas le même sens qu’être philippin, si ?

Aux USA beaucoup de personnes appellent les noirs américains « African-American » alors qu’ils ne sont pas Africains. Ce sont juste des Américains noirs. Comme en Afrique du Sud, il y a des Africains blancs.

Donc être noir n’est ni un pays ni une Nation. Être philippin, par contre, est majoritairement lié à la structure politique qu’est la République des Philippines. Bien sûr au sein de cette unité politique il y a des personnes qui peuvent partager les mêmes traits physiques et une culture commune, mais il y avant tout une structure politique qui fait qu’on est Philippin ou non.

La plupart des gens disent qu’être Philippin n’est pas une race. Je pense que c’est [inaudible]..

J’en parlais plus tôt, cette interview dans laquelle vous dites que vous vous sentez « dans votre propre peau » quand vous êtes entourée de culture philippine : il me semble que c’est quelque chose qui est incarné. Vous sentez le besoin de changer votre apparence pour qu’elle corresponde à ce que vous sentez être ?

On me pose souvent cette question. Je vais répondre à ça par une petite histoire. Je regardais cette vidéo sur Stephen Hawking dans laquelle on lui demande pourquoi il ne change pas sa voix pour une voix plus naturelle, sachant que la technologie le permet maintenant. Mais cette voix robotique fait partie de son identité, il ne serait pas lui-même s’il avait une autre voix. J’ai envie de commencer les hormones mais j’ai ce questionnement sur le fait que ça ne serait peut être plus moi. Les gens me connaissent avec mes cheveux roses, la peau blanche, Adam quoi. C’est comme ça qu’ils me connaissent et non pas comme Ja Du, yeux marrons, peau marron, femme philippine. C’est quelque chose qui m’empêche d’aller au bout de mon identité transgenre. Je ne pense pas aller jusqu’à changer mon corps pour prétendre que je viens d’une autre Nation.

Sachant que vous connaissez une dysphorie de genre et – je ne sais pas si on peut appeler ça une dysphorie raciale – vous pensez que le parallèle entre transgenre et trans-racial est pertinent ?

Alors, les gens ont différentes expériences personnelles. Pour moi je sens beaucoup de pression à propos de ma dysphorie de genre. J’aimerais être heureux avec qui je suis mais je ne peux pas. Je suppose que ça dépend de qui c’est, mais l’identité de genre peut être liée à l’identité de race. Ça dépend de la personne, vraiment. Je ne me soucie pas tant que ça de mon identité raciale mais je n’aime pas comment ma crise d’identité de genre, par contre, me fait sentir. C’est triste.

Vous avez dit plusieurs fois qu’être transgenre/trans-racial était une toute partie de qui vous êtes et que la société en général donne trop d’importance au genre à la race. Vous pourriez élaborer sur cette importance que vous jugez trop grande ?

Je ne sais pas. Je pense que les médias aiment parler du sensationnel. Ma mère dit que les médias ressemblent beaucoup à WWE, vous avez ces différents personnages qui sont comme des catcheurs mais tout est faux, tout est dans la sensation procurée par des gens qui se mettent au sol. C’est comme ça que ça marche. Dans un de ces articles que j’ai lu en ligne, mon histoire était en haut de la page, et vous savez ce qui était en plus petit en bas? Deux personnes qui sont mortes dans une eau infestée de crocodiles. Et je me suis demandée : pourquoi c’est ça la page principale ? Et je pense que c’est normal, naturel et que ce n’est pas choquant. Mais les gens aiment ce qui est fou, différent, qui nous rend mal à l’aise.

Comme je le disais avant, je suis français, et nous n’utilisons pas du tout le terme de race parce qu’il est scientifiquement réfuté. Je peux comprends pourquoi c’est tant utilisé aux USA mais ne pensez-vous pas qu’en parler autant, en faire des catégories distinctes et immuables, c’est une manière de renforcer la catégorisation raciale et donc le racisme ?

Je pense que ça dépend de qui utilise ces termes. Je pense que catégoriser les gens par nationalité est utile. Si vous regardez au Royaume-Uni où il y a beaucoup de migrants du Moyen Orient, ils ont une culture qui est différente de vous ou moi. Leur culture religieuse veut détruire et rendre les gens esclaves à cause de leurs identités. Quand vous avez des tragédies comme les viols de groupe par des jeunes du Moyen Orient vous savez qui blâmer et où le problème réside. Maintenant, la généralisation raciale, je ne suis pas d’accord. Ici aux USA on blâme beaucoup les noirs pour tout un tas de choses mais je sais que tous les noirs ne sont pas responsables. Statistiquement, basé sur les données fédérales (2), ils causent la majorité des crimes mais pas la totalité. L’immigration massive est un problème, si vous introduisez ces migrants à un endroit et que vous vous rendez compte que le taux de crime augmente mais que vous ne catégorisez pas les gens, vous ne sauriez pas d’où ça vient. Ça dépend de qui utilise ces catégories.

Le terme « français africain » (french-african) ou « africain français » (african-french) n’est pas utilisé. On a cette idée que, lorsque vous avez la citoyenneté, vous êtes égaux, peu importe d’où viennent vos parents.

Oui, ici on a des problèmes avec ça. L’homme qui a commis la tragédie d’Orlando (la tuerie du Pulse) n’était pas Irakien mais Irakien-Américain parce que son père est Irakien. Le problème c’est qu’à chaque fois que ça arrive je me dis « C’est un gars qui a été éduqué par quelqu’un qui a vécu avec l’idéologie du Moyen-Orient ». Et vous savez qui était son père ? Il se présentait aux présidentielles en Irak (3). On vient de le démontrer : votre culture est différente de la mienne sur les questions raciales.

Vous pensez que les gens auraient étés plus ouverts si vous aviez été une personne de couleur qui s’identifiait à une personne blanche ?

Oui je lis ça dans les articles partout, surtout dans les médias progressistes qui disent « c’est une homme blanc qui s’identifie à un Philippin, est-il prêt à accepter les luttes qui vont avec ? ». Quand vous avez un gars qui s’identifie à un homme blanc, personne ne se pose la question de savoir s’il est prêt à accepter les problèmes qui vont avec le fait d’être blanc, le fait d’être constamment scruté.

De ce que je comprends c’est un problème qui existe à gauche. L’idée de race étant admise comme socialement construite, l’idée est que si vous voulez vous revendiquer d’une autre race vous devez aussi avoir vécu le racisme qui va avec.

Oui … je tente de penser à une réponse. Je ne pense pas qu’une personne de couleur qui entamerait sa transition aurait autant de problèmes. Je ne sais pas si l’identité raciale est le produit du racisme. Ça peut être impliqué dans le racisme selon comment vous utilisez leur identité, si vous utilisez le « n word ». Mais en même temps les noirs ne sont pas d’une race différente des Américains. Si vous venez d’un autre pays, par exemple l’Irak ou le Nigéria, vous êtes Africain. Si vous venez de ces pays et que vous avez des enfants aux USA ils seront Irakiens-Américains. Ma sœur est Asian-American, son père vient d’Indonésie et ma mère est Américaine. Moi je suis juste Américain.

C’est drôle, pour moi ça ne compte vraiment pas, l’identité des parents. Tant que tu es né dans un pays… C’est intéressant de regarder comment vous mettez les deux mots ensemble « African American », ce qui ramène chacun à des origines supposées. Même si vous ne connaissez pas du tout ce pays. Ce n’est pas bien ou mal, c’est juste différent.

Oui si quelqu’un vient du Mexique et a un enfant aux USA ce dernier sera Mexican-American mais il ne connaîtra rien du Mexique, il aura été élevé dans l’idéologie occidentale. C’est lié à la géographie et un peu de biologie. C’est parfois très important pour un pays de garder ces identités, si quelqu’un fait quelque chose, comme un crime, on pourra savoir comment et pourquoi cette idéologie leur est arrivée en tête. Dans le cas du Pulse à Orlando c’est clair pourquoi c’est arrivé, avec l’idéologie de son père, et le fait que les gens dans ce club pratiquaient leurs libertés et un mode de vie avec lesquels ils ne sont pas d’accord. Si on ne pouvait pas identifier les gens on pourrait pas savoir pourquoi c’est arrivé.

Pour transformer une identité il faut deux aspects : la réalisation intime qu’il faut changer quelque chose et la volonté ou non d’une société donnée de reconnaître cette nouvelle identité. Vous avez déjà eu cette première étape de réalisation, est-ce que maintenant vous cherchez l’acceptation de la société ?

J’aspire à être accepté par la société mais seulement pour ce que je suis maintenant et seulement si c’est naturel. Avez vous déjà entendu parler des terroristes du genre ? Oh mon dieu c’est ridicule. Ces gens détestent les valeurs traditionnelles, ils s’identifient comme terroristes du genre ou terroristes sexuel, ce qui sonne très mal. Imaginez un bûcheron portant une jupe et un trait d’eyeliner avec des longs faux ongles. C’est bizarre. Votre cerveau est confus en les regardant. C’est comme si vous regardiez un Alien, votre esprit ne sait pas comment digérer l’information. Ils vont souvent dans des écoles pour lire des livres aux enfants, habillés comme ils le sont, et c’est tellement déroutant.

C’est intéressant de voir comment les médias vous dépeignent comme le progressiste suprême alors que vous ne ne voulez pas du tout détruire l’ordre traditionnel.

Oui je pense que, sur FOX News, ils attendaient de moi que je m’énerve, que je leur dise « comment osez vous déduire mon genre ? »  C’est pour ça qu’ils m’ont mise là. J’ai aimé parler à Tucker Carlson, je pense qu’il est drôle mais je pense que c’était surtout pour exploiter le personnage vraiment fou que je suis.

D’une manière vous êtes décevante pour les médias…

Pour certains médias oui. Si on pouvait seulement parler les gens comprendraient. Comme vous, vous avez certainement eu des avis sur moi avant qu’on s’appelle.

Vous comprenez l’argument qui dit que la race n’est pas une donnée personnelle mais qu’elle est reliée à vos ancêtres. Sachant que ce n’est quelque chose de plus grand que vous, que vous ne pourriez pas le changer.

Ce qui est drôle c’est que ces personnes de gauche s’en foutent de la race. Ils se foutent de mon héritage irlandais et amérindien. Ils se souvient de la couleur de peau blanche. Quand ils disent qu’une personne est raciste, que vous ne pouvez pas comprendre parce que vous êtes pas de telle race. Ce n’est pas à propos de race, ils se foutent de la race, ils s’intéressent uniquement aux blancs. Mais je pense que ce n’est pas quelque chose que vous contrôlez, vous êtes né avec. Moi je préfère parler aux personnes avant de déduire. Si je rentre dans une maison et que les gens sont blancs mais qu’ils ont les caractéristiques de Latinos je vais apprendre à mieux les connaître, je ne vais pas savoir qui ils sont dès le début. Et si je découvre qu’ils sont Latino-Américain alors je me réfère à eux comme ça. Ici plein de gens s’énervent en mode « pourquoi vous déduisez mon genre ? ». C’est vrai ça, pourquoi ? Soit leur expression de genre n’est pas naturellement visible. Ils veulent que chacun voit leur genre alors qu’ils ne le traduisent pas physiquement. C’est un grand problème avec mon identité trans. Je ne veux jamais forcer les gens à se référer à moi comme une personne trans si je ne ressemble pas à une femme. Je ne compte même pas mettre des vêtements de femme si, en prenant des hormones, mon corps ne se féminise pas. Je ne vais pas forcer les gens à m’appeler par un nom qui ne leur vient pas naturellement.

Mais si à un moment votre corps traduit qui vous êtes à l’intérieur vous vous référerez à vous même comme étant femme ?

Je préfère le terme « femme trans » parce que je ne veux décevoir personne. Soyons honnête. Partout dans le monde des personnes avec des pénis peuvent vous trouver attirants mais si vous ne dites pas dès le début que vous êtes trans et que, moi, je passe pour une femme, je peux avoir des problèmes après. J’ai entendu l’histoire de cette femme trans qui s’était mariée à un homme très religieux. Lorsqu’il a appris qu’elle était trans, ça l’a rendu fou et il l’a tué. Je ne veux pas rendre les gens fous. Et je suis asexuel aussi donc j’ai pas à me soucier de ça de toute manière. Si les gens veulent m’appeler femme ou quoi que ce soit je m’en fiche. Mais je veux pas tromper les gens sur ce que je suis.

Si la société ne vous reconnaît pas cette identité Philippine vous comprenez qu’on puisse estimer que vous vous appropriez cette culture , que vous faites un « philippino- face » (4) ?

C’est très drôle. Quelqu’un me disait la dernière fois que c’était la pire forme d’appropriation culturelle au monde et que je devais arrêter. Mais appropriation est un terme bête. Ça marche pour tout. Appropriation culturelle veut dire que vous appréciez quelque chose qui vient d’une autre culture. Donc c’est pas important que vous vous appropriez la culture chinoise quand vous utilisez vos téléphones et ordinateurs fabriqués en Chine ? L’appropriation est très bête comme concept, on aurait pas du tout la même vie si à un moment donné on ne s’était pas approprié des trucs d’autres cultures, des inventions comme le réfrigérateur. C’est par la diversité, le mélange d’idées qu’on se construit.

Sachant qu’on a créé le mot genre pour signifier l’idée que notre identité n’est pas déterminée par des facteurs biologiques et qu’il y a une construction sociale derrière, devrait on créer un mot pour différencier la race de et l’identité raciale ?

Je pense que sexe et genre doivent en effet être différents. Mettre du maquillage ne vous rend pas femme, ça vous rend féminin, c’est un rôle de genre. Je ne sais pas, je tente de pas dire n’importe quoi. Si j’invente quelque chose qui n’existe pas… Il y a 72 genres inventés, c’est fou, je ne veux pas de ça. Sauf si vous prenez en compte les inter-sexes qui sont minoritaires et qui ont une rare mutation génétique, il n’y a que trois sexes. Comment peu-on être autre chose que ces deux genres ? Et puis il y a le problème de toutes ces orientations inventées. Il n’y a que des hommes et des femmes, vous pouvez coucher qu’avec des hommes ou femmes. Comment pouvez vous êtes poly, ou demi quelque chose ? Je suis désolé si j’invente des termes mais tout ça me rend confus.

 

Notes :

(1) Rachel Dolezal s’identifie bien, sauf preuve du contraire, comme afro-américaine. Cette distinction est importante car elle permet de séparer « se faire passer pour » et « s’identifier comme ».

(2) Il est impossible de vérifier les sources que Ja Du ici ne date pas et dont elle ne donne que très vaguement l’origine.

(3) Seddique Mateen, le père d’Omar Mateen, est un citoyen américain né en Aghanistan et non pas en Irak. Il ne se présente pas à la présidentielle Afghane, il s’auto-proclame Président de l’Afghanistan sur ses différents réseaux comme le montre un article du Time.

(4) Pensé comme étant une version du « black-face » appliquée à la transition entreprise par Ja Du vers une identité Philippine.

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