La Prep : une révolution (?)

Les chiffres sont là. Le Sida touche chaque année 2 millions de nouvelles personnes et en tue près de 1,1 million. Si ces décès liés au Sida ont baissé de 42% depuis 2004 selon les chiffres de l’ONUSIDA le virus continue toujours sa progression dans le monde. Nous voilà donc quelques quarante années après la découverte du virus à chercher tant bien que mal à réaliser les objectifs de l’ONUSIDA qui espère une fin de l’épidémie d’ici à 2030. Si nous avons déjà bien avancé sur la question, que la trithérapie nous aide à penser le « pendant » de la maladie, il nous reste à trouver des solutions pour éviter que n’augmentent les infections. Impossible ? Une partie de la solution existe pourtant déjà, elle s’appelle la PrEP.

La PrEP, c’est quoi ?

La PrEP est définie par AIDES comme étant « une nouvelle stratégie de prévention du VIH ». Son nom provient de la contraction de prophylaxie (l’ensemble des mesures à prendre pour prévenir les maladies) et de pré-exposition (car le traitement doit se prendre avant et après un éventuel contact avec le VIH). La PrEP ne doit cependant pas être confondue avec le traitement post-exposition (TPE) qui, lui, doit être pris 48h après un éventuel risque de transmission, ni avec la trithérapie qui est prescrite aux personnes séropositives.

Non, la PrEP est un traitement destiné aux personnes qui sont exposées au virus et qui permet de réduire considérablement les risques de transmission. Si le traitement est révolutionnaire l’idée, elle, est simple : « mieux vaut prévenir que guérir ». Par ailleurs, ce principe de prévention médicamenteuse existe déjà pour le paludisme ou encore pour réduire le risque de maladies cardiovasculaires. Le médicament utilisé pour la PrEP associe deux antirétroviraux (qui bloquent certaines étapes du cycle de multiplication du virus) : l’emtricitabine et le ténofovir disoproxil. Ce dernier, le Truvada ® est disponible en France depuis décembre 2015, remboursé intégralement depuis janvier 2016, et maintenant proposé en générique.

Pour qui ?

La PrEP s’adresse aux personnes qui n’ont pas le VIH mais qui sont susceptibles d’être infectées de par leur activité sexuelle. Sur la base des recommandation de l’OMS la PrEP s’adresse en priorité aux hommes homosexuels, aux personnes trans ayant des relations sexuelles avec des hommes, aux personnes originaires de régions du monde à forte prévalence, aux travailleurs du sexe exposés à des relations sexuelles sans préservatif, aux usagers de drogue par voie intraveineuse avec partage de seringue. Elle n’est cependant pas officiellement prise en charge pour les adolescents mineurs même si l’on a pu observer des cas de prescription à des mineurs. L’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) révèle à quel point la PrEP manque de visibilité en France : entre le 1er janvier 2016 et le 31 juillet 2017, 5352 personnes seulement suivaient le traitement. La grande majorité (plus de 90%) de ces personnes sont des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. On note donc que très peu d’étrangers et de travailleurs du sexe ont recours à la PrEP, notamment à cause de son manque de visibilité.

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Comment ça marche ?

Pour pouvoir avoir accès à la PrEP il faut prendre rendez-vous dans un service hospitalier spécialisé dans la prise en charge du VIH ou dans un centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CEGIDD). Il faut dans un premier temps prévoir une consultation lors de laquelle le médecin évalue la situation du patient (signes ou de non de primo-infection, bilan biologique) afin d’être certain que ce dernier ne présente pas de contre-indications (séropositivité, problèmes rénaux). Lors d’une deuxième consultation, entre deux et quatre semaines plus tard, le médecin vérifie une nouvelle fois l’état du patient et, en fonction des résultats, peut prescrire la PrEP. Il existe ici plusieurs schémas : une prise en continue pour les personnes qui sont considérées comme à risque (une prise de médicament par jour) et une prise discontinue pour ceux qui se sentent en danger à des moments précis (dans ce cas là il faut prendre deux comprimés entre 2h et 24h avant le premier rapport puis un comprimé 24h après le rapport et un troisième 48h après le rapport). Néanmoins ce schéma « à la demande », étant donné notre niveau de connaissance actuel, se révèle moins efficace. L’ordonnance une fois en main il ne reste plus qu’à se rendre en pharmacie, à récupérer le médicament ou à le commander. Il faudra enfin se plier à un suivi trimestriel comprenant une vérification de la sérologie, de la fonction rénale et d’un bilan IST. Ces rendez-vous permettront de renouveler l’ordonnance de PrEP. Mais pas de panique, ce suivi peut être assuré par le médecin traitant !

Est-ce dangereux ?

La prise de PrEP est généralement bien tolérée. Comme une grande majorité de médicaments elle peut occasionner des effets indésirables tels que des légères nausées et diarrhées qui disparaissent au bout de quelques temps. Des effets secondaires plus graves ne sont pour l’instant pas répertoriés mais ils seraient, de toute manière, réversibles en arrêtant la PrEP. Côté libertés la PrEP n’enlève en rien le droit de boire de l’alcool, de consommer des drogues récréatives, des antidépresseurs, des traitements contraceptifs et n’impacte pas non plus la libido.

Est-ce que ça marche vraiment ?

Tous les essais disponibles aujourd’hui montrent que quand le médicament est pris rigoureusement, le risque de contamination est infime. A San Francisco le nombre de nouveaux cas de VIH a chuté de 49 % entre 2012 (année de commercialisation de la PrEP) et 2016. On trouve des résultats similaires au Royaume-Uni où le nombre de nouveaux cas de VIH a chuté de 18 % entre 2015 et 2016. Néanmoins, d’autres variables comme l’augmentation des dépistages et l’efficacité des traitements doivent être pris en compte dans la lecture de ces chiffres. Bien entendu la PrEP ne protège pas des infections sexuellement transmissibles et il est fortement recommandé de décider individuellement quelle est la meilleure stratégie de prévention à adopter en choisissant parmi les options suivantes : l’usage de préservatifs internes et externes et de gel lubrifiant, les dépistages réguliers du VIH, le recours au TPE en cas d’urgence, le recours au traitement VIH ou encore l’utilisation de matériel à usage unique lors de la consommation de drogues.

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Source : AIDES (en référence de l’article)

Est-ce que ça va nous ruiner ?

Au niveau individuel, comme précisé plus haut dans l’article, la France est le premier pays à proposer une prise en charge totale du traitement. Il peut en revanche y avoir des frais supplémentaires à régler occasionnés par les consultations médicales et les examens biologiques. Au niveau national maintenant, la PrEP est scrutée à l’aune des impératifs budgétaires. Si les traitements par PrEP se révèlent être toujours moins coûteux pour l’État que le financement des trithérapies, que l’apparition d’un générique en réduit fortement le coût et que la prise à la demande peut permettre d’acheter moins de médicaments : il y a quelques autres variables à garder en tête. Si la prise de la PrEP se fait parallèlement à un abandon du préservatif il y a fort à parier que les IST se diffuseront et qu’il faudra donc les traiter. De même, l’accompagnement médical de la mise sous PrEP peut s’avérer coûteuse. L’arbitrage, ici, ne doit néanmoins pas s’arrêter à la dichotomie coût/efficacité mais doit aussi prendre en compte l’aspect positif sur le ralentissement de l’épidémie et la préservation des vies humaines.

En bref, nous sommes en 2018 et il serait temps d’enfin communiquer sur la PrEP. Cette communication ne doit pas s’arrêter aux hommes homosexuels et bisexuels de la capitale mais doit bien s’étendre à la province et aux travailleurs du sexe ainsi qu’aux étrangers (eux aussi couverts). Il nous faudrait, à l’échelle globale, mener une réflexion sur l’augmentation des dépistages le plus tôt possible et sur les inégalités. Car nous ne sommes pas tous égaux devant le VIH. On estime qu’en Afrique de l’Ouest moins de 20% personnes vivant avec le Sida ont un traitement (chiffres MSF). De manière individuelle, enfin, la PrEP questionne notre rapport au sexe, à la jouissance et à la responsabilité et nous demande d’utiliser avec raison ce nouvel outil révolutionnaire.

Quelques contacts :

Renseignez vous dans votre ville ou région : AIDES organise des rencontres entre utilisateurs de PrEP. Les antennes locales sont répertories sur www.aides.org.

Le groupe « PrEP’Dial » sur Facebook est un espace d’échange francophone autour de la PrEP.

La carte des consultations dédiées à la PrEP est disponible à l’adresse suivante : http://www.prep-info.fr/carte-des-consultations

Carte des lieux où il vous est possible de faire des dépistages : http://www.sida-info-service.org/?-DEPISTAGE-VIH-sida-

Références :

Rapport de AIDES sur la PrEP : http://www.aides.org/sites/default/files/Aides/bloc_telechargement/aides_guide_prep_2018_fr.pdf

Chiffres et mis en perspective par VIH.org : http://vih.org/20171202/chiffres-2016-2017-prep-en-france-mise-en-perspective/139823

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