Petite histoire du masculin, du muscle, et du monde.

Si les Jeux Olympiques de Pyeongchang signent peut être le rapprochement politique entre les deux Corée d’autres querelles se jouent pourtant dans les vestiaires. C’était le 12 février dernier. Sur la glace le patineur américain Adam Rippon décroche la médaille de bronze et devient le premier patineur américain ouvertement gay à remporter ce titre. Celui qui avait vivement critiqué les positions homophobes du vice-président Mike Pence prenait alors l’engagement, en cas d’invitation à la Maison Blanche à son retour, de ne pas s’y rendre. Je ne « pense pas que l’administration actuelle représente les valeurs que l’on m’a enseignées quand j’ai grandi » précisait alors le jeune homme. Ce dernier n’est néanmoins n’est pas le seul athlète ouvertement gay à participer à ces Jeux d’Hiver. Eric Radford et Gus Kenworthy étant deux autres exemples de cette visibilité grandissante. Le monde semble donc découvrir avec stupeur que des athlètes gay peuvent s’aventurer dans le froid et, pire encore, dans le sport.

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Image : CHRIS GRAYTHEN/GETTY IMAGES

Au début il y avait Otto Peltzer

C’était durant les Jeux Olympiques de 1928. L’athlète allemand Otto Peltzer, recordman du 1500 mètres, participe aux Jeux d’Amsterdam et rate la médaille tant convoitée. Alors même qu’il aurait pu se rattraper lors des jeux de 1936 l’athlète sera arrêté par les Nazis en 1934 pour homosexualité, intégrera un camp, et n’en sera libéré qu’en 1945 par les troupes américaines. S’il n’est pas question, dans cet article, de faire des parallèles douteux avec la situation actuelle des athlètes homosexuels il n’en reste pas moins que l’histoire entre ces derniers et le monde du sport est troublante et troublée.

Partir en safari : l’homosexualité dans le sport.

Lors des Jeux de l’été 2016 c’est le Daily Beast américain qui avait publié un article sur la drague et les relations sexuelles au sein du village olympique. Le journaliste en charge de l’article avait à l’époque trouvé intéressant de télécharger une application de rencontre gay puis de roder aux alentours du village olympique. Quelques heures plus tard, et les requêtes s’accumulant, le journaliste eu assez de matière pour écrire un article qui, même ne divulguant pas l’identité des athlètes, précisait tout de même leurs mensurations, âges, nationalités, et disciplines. Le problème ? Aucun des athlètes cités dans le papier n’avait officiellement fait son coming-out. Cet article ne divulguant pas l’identité des athlètes permettait tout de même, par de rapides recherches et en croisant les données disponibles, de retrouver l’identité de ces derniers. Et comme le révèle un article de L’Express, certains de ces athlètes venaient de pays ouvertement homophobes. En dehors de l’irresponsabilité de ce papier, cela nous dit tout de même quelque chose de l’époque et de la manière dont sont perçus ces athlètes. Un peu comme on part en safari Nico Hines (le rédacteur de l’article) s’est ainsi surpris d’une telle proportion d’homosexuels dans un milieu encore majoritairement masculin et hétérosexuel.

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Ce que nous disent les corps.

Car, oui, dire que le sport en général, et les Jeux Olympiques certainement encore plus, sont relativement masculins et hétérosexuels n’est certainement pas révolutionnaire. La réelle question c’est peut-être « pourquoi ? ». La raison, si elle reste difficilement objectivable, se trouve quelque part à l’endroit des narrations et des images. L’athlète c’est cet éphèbe au corps musculeux, qui gagne les victoires à la sueur de son front olympique, qui représente le bien, le beau, le masculin. Il paraît donc difficile d’imaginer qu’un athlète homosexuel puisse habiter un corps si parfait. Car c’est bien de la masculinité et de la réussite dont ces athlètes sont exclus. De même, les athlètes féminines sont souvent dépeintes comme trop musclées, trop agressives, trop sauvages, trop avides de victoire. Et si leurs corps ne rentrent pas exactement dans le domaine du féminin c’est qu’elles doivent être de mauvaises femmes ou, pire, lesbiennes.

La logique communautaire comme seule seule solution ?

Les Gay Games sont cet événement sportif créé en 1982 à San Francisco par le décathlonien olympique américain Tom Waddell. A la lecture de ces lignes vous devez imaginer un événement sportif entre drag queens. Il n’en est pourtant rien, ces Jeux sont ouverts à tous sans distinction d’âge, d’orientation sexuelle, de religion ou de nationalité. La seule condition est de respecter l’inclusivité portée par les Gay Games et de veiller à ce que chacun se sente le bienvenu. La prochaine et dixième édition des Gay Games se déroulera d’ailleurs à Paris en août prochain. Néanmoins, lorsqu’on s’attarde sur les discours des athlètes ouvertement homosexuels on se rend facilement compte d’une chose. Ces derniers, loin de rejeter la logique communautaire, ne demandent rien de plus qu’un droit à l’universalité. Que sur les mêmes terrains, les mêmes patinoires, les mêmes vestiaires il n’y ait plus d’homosexuels athlètes, seulement des athlètes qui se trouvent être aussi homosexuels.

 

L’enjeu est donc peut être dans la quête de cette universalité et dans la reconnaissance, par le plus grand nombre, de la moindre importance que doit avoir la variable de la sexualité. En attendant, nous sommes collectivement condamnés à nous émouvoir de la sexualité des uns et des autres, à souligner les différences comme si elles étaient constitutives, comme si elles étaient significatives.

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