Tu as 21 ans et le Bac? Ouvre une école!

C’était le 15 février dernier lors de l’Emission Politique qui avait alors pour invité le ministre de l’Education Nationale, Jean Michel Blanquer. L’heure des échanges venue ce dernier se retrouve en face de Fatiha Boudjahlat, cofondatrice du mouvement Viv(r)e la République, qui lui pose la question suivante : « Comment se fait-il que dans ce pays, il soit plus facile d’ouvrir une école qu’un kebab ou une laverie automatique ?« . Si la question peut paraître un rien osée elle permit néanmoins au ministre d’affirmer sa volonté de contrôler les écoles françaises hors-contrat et de rappeler qu’une proposition de loi sur le sujet allait être débattue au Sénat. Depuis, ladite proposition de la député centriste Françoise Gatel a été adoptée. Mais alors, pourquoi le débat sur les écoles hors-contrat resurgit-il et quels en sont les enjeux?

liberté
Choix proposé sur le site ecoles-libres.fr

Que sont les écoles hors-contrat?

Les écoles hors-contrat ce sont ces écoles, ces établissements autonomes qui ne reçoivent pas de subventions publiques (rendant donc la scolarité payante pour les élèves), embauchent qui elles veulent en guise d’enseignant et ne sont pas tenues de suivre les programmes officiels. En France, quiconque est titulaire du baccalauréat et a plus de 21 peut créer sa propre école. Il faut, pour cela, faire une déclaration auprès des autorités administratives et se plier à un contrôle de la part de ces dernières afin qu’une vérification du respect des « bonnes mœurs » et de « l’ordre public » soit assurée dans l’établissement concerné. En théorie ces écoles doivent permettre aux élèves, peu importe la pédagogie et les programmes, d’acquérir une base commune de savoirs. Il y a deux types majeurs d’écoles hors-contrat. Le premier type ce sont ces écoles qui proposent des pédagogies « alternatives ». On retrouve ici des établissements qui s’inspirent des modèles Montessori, Steiner ou Faure et qui souhaitent repenser l’éducation française afin de répondre aux attentes de ceux qui, parfois, se sentent délaissés dans le système « traditionnel ». Le deuxième type, minoritaire, ce sont les écoles confessionnelles (catholiques, protestantes, juives et musulmanes). Les écoles hors-contrat sont minoritaires en France : on en dénombre aujourd’hui 1300 sur le territoire (dont 160 établissements catholiques, 50 juifs, 40 musulmans et 30 protestants). Néanmoins, même minoritaires, ces dernières sont en pleine croissance depuis quelques années (+26% entre 2011 et 2016).

Pourquoi ça pose problème?

En 2016 l’école toulousaine Al-Badr était fermée, sur décision de justice, pour enseignement « non-conforme ». A la tête de cette dernière un imam, réputé conservateur, qui était alors responsable de l’éducation de 85 élèves. Néanmoins, des inspections et des signalements révélèrent qu’outre des violences commises sur les élèves l’établissement ne respectait en rien le socle commun de connaissances. Comme le révèle Le Monde qui s’est procuré une note d’analyse rédigée par une inspectrice pédagogique de l’académie de Versailles, ce qui se passe entre les murs de ces écoles se révèle parfois inquiétant. Au fil des pages de ce documents on parle de « conditionnement », de « l’évitement de pans entiers du savoir » dont une absence notable des sciences, de la technologie, la géographie, ou encore l’éducation civique et le sport. Concrètement ça donne des établissements catholiques dans lesquels les manuels de SVT ont « les pages sur la contraception collées entre elles ». On revisite l’histoire de France en estimant que « Pétain a sauvé la France » et que « des ingrats [les résistants] ont fui en Angleterre ».  Dans une autre école musulmane, les frises chronologiques affichées aux murs débutent « aux guerres de religion sans mention de la préhistoire ou de l’Antiquité ». L’argument de la liberté, par lequel on justifie souvent l’existence de ces écoles, permet donc de justifier les écoles alternatives comme confessionnelles et de donner le droit à qui le souhaite de s’éloigner de l’exigence d’émancipation inhérente à l’école.

Comment on y remédie?

En janvier 2017, le Conseil constitutionnel décidait de censurer un projet de loi porté par l’ancienne ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem. Ce projet voulait alors soumettre les ouvertures d’écoles hors contrat à une « autorisation préalable » de l’Etat. Néanmoins, le Conseil Constitutionnel estima que le texte portait une « atteinte disproportionnée à la liberté constitutionnelle d’enseignement, indissociable de la liberté d’association« . La proposition de la sénatrice Françoise Gatel, adoptée ce mercredi après-midi au Sénat, n’impose pas d’autorisation préalable mais allonge le délai laissé aux autorités pour s’opposer à la création d’une école. Le dit délai sera maintenant de trois mois pour laisser le temps aux autorités de vérifier l’identité du créateur. Les établissements seront aussi obligés de préciser leurs sources de financement. Le Premier ministre Edouard Philippe, qui a précisé aujourd’hui son plan de lutte contre la radicalisation, souligne aussi le rôle primordial du contrôle étatique des écoles hors-contrat.

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