Réfugiés de Calais : la logique de la matraque et du pain.

C’était une promesse d’Emmanuel Macron. Depuis le 6 Mars dernier l’Etat prend en charge la distribution de repas aux réfugiés de Calais. C’est l’association La Vie Active qui a été missionnée par les pouvoirs publics afin de proposer deux repas par jour : un petit-déjeuner entre 09h et 11h00 et un repas chaud entre 15h et 18h. A bord de food trucks mobiles le personnel associatif aurait déjà distribué 218 repas dès le premier jour. Néanmoins, un article du Monde publié Samedi dernier nous apprend que nombreux seraient les migrants qui refuseraient l’aide proposée par l’Etat. 


Des débuts balbutiants

Ils étaient nombreux, Vendredi dernier, à refuser les repas distribués par La Vie Active. Pas question d’accepter « des dons d’un ennemi qui nous pourchasse » nous explique un jeune réfugié interrogé par Le Monde. Pour Jean-Claude Lenoir, le président de l’association Salam « le premier matin, les migrants ont été accueillis par des cars de CRS et invités à entrer dans un enclos entouré de barbelés… […] la police a profité du moment où certains sont allés prendre leur petit déjeuner pour démanteler partiellement leur campement.». On comprend ainsi que la relation à l’autorité devient vite schizophrénique pour ceux qui se voient réprimés et nourris par les mêmes personnes. Bien sûr ici ce ne sont pas les forces de l’ordre qui servent les repas mais il semblerait que les réfugiés aient vite compris qui finançait les repas proposés par La Vie Active. Quand bien même les violences policières diminueraient pendant le temps du repas c’est tout un historique de rancœurs et de souffrances qui s’érige désormais entre les réfugiés et l’Etat.

La logique de l’immatériel

La faute aura certainement été ne pas avoir su adopter une logique entièrement associative. Si l’Etat s’est résigné à faire confiance à l’expertise d’une association de terrain il n’abandonne pas totalement la supervision de la distribution. Et c’est justement par la présence des forces de l’ordre que l’Etat continue de se donner à voir. « La préfecture n’est pas inquiète car la prestation de l’opérateur La Vie active est fiable, accessible à tous et répond aux besoins nutritionnels des personnes » aurait déclaré la préfecture. La logique du matériel, celle qui revient à raisonner en terme de besoins nutritionnels et de prestations occulte la question qui est ici fondamentale : celle de la confiance. Car si les réfugiés vivent dans une forme d’urgence ils restent animés des mêmes passions : la peur, la confusion, la rancœur et la méfiance en faisant partie. Abandonner cette logique gestionnaire permettrait donc de se poser la question de la réparation du lien de confiance, de l’impératif de dignité humaine et de la nécessaire cohérence politique. Il nous faut faire un choix entre les barbelés et la sociabilité offerte pas un bon repas. On ne peut attendre que l’offre nouvellement créée rencontre et épouse parfaitement la demande déjà existante.  De plus, la démarche étatique si elle se veut humaniste, a néanmoins un but précis : empêcher que ne se recréent des campements de fortune. Ici, la distribution est contrôlée et n’intervient que dans deux secteurs précis de Calais.

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© Nicolas Pinault/VOA

On comprend donc pourquoi l’Etat ne se résigne pas simplement à financer la distribution sans la superviser. C’est ici de politique dont il est avant tout question. Difficile, donc, de combiner ces impératifs avec la nécessaire garantie d’une dignité pour les réfugiés. Car c’est bien de dignité dont il est ici question. Avoir le droit à un repas chaud fait partie d’un minimum vital qui doit être apporté. La nourriture aurait donc pu être un lieu d’intelligence collective, de sociabilité et de rencontre de l’Autre. Et si La Vie Active s’occupe en effet de distribuer la nourriture aux 350 à 600 réfugiés présents sur place, c’est à un autre prestataire que l’on doit sa préparation. Le peu d’information disponible sur l’identité de ce dernier ne permet pas de déterminer à quel point il est ancré localement. La nourriture, plus qu’un lieu de sociabilité, aurait pu imprégner à sa modeste échelle le tissu économique local.

 

L’Auberge des migrants et RCK (Refugee community kitchen) ont pour l’instant cessé leurs distributions de nourriture mais se réservent néanmoins le droit de proposer une distribution concurrente si nécessaire. On espère ainsi qu’une stabilisation de la situation (il aurait été décidé le retrait des barbelés et une présence policière plus discrète) soulagera des associations comme Salam et Utopia56 d’une distribution de repas qui, jusque là, était de leur seul ressort. Ainsi, quand certains cèdent à l’hystérie et prêtent aux réfugiés l’intention de « voler le pain des français » nous pouvons maintenant rétorquer que ce pain, visiblement, ils le refusent. Plus qu’à un bout de pain d’ailleurs c’est à la dignité qu’il n’arrivent pas à avoir accès.

 

 

Crédits photo :

Photo 1 : ©Nicolas Pinault/VOA

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