Quick couic : une brève histoire de la circoncision.

Le Monde révélait, dans un article paru le 27 mars dernier,que l’Islande s’apprêtait à interdire la circoncision. En effet, un texte de loi, actuellement étudié au Parlement islandais, pourrait bien rendre illégale l’ablation du prépuce pour des raisons autres que médicales. Le texte met en avant « les droits de l’enfant » et souligne les « hauts risques d’infection » présents lorsque l’opération est assurée par un personnel non-médical. La distinction se dessine ici entre une circoncision culturelle, majoritairement motivée par des raisons religieuses, et une circoncision médicale dont le but est de remédier à une anomalie anatomique (phimosis, inflammations, impossibilité de décalottage). Dans un pays comme les Etats-Unis, où une majorité des hommes sont circoncis à la naissance, la question de l’utilité d’une telle pratique se pose nécessairement.


Histoire concise de la circoncision

La circoncision remonte à 2000 ans avant Jésus-Christ. Dans l’Egypte pharaonique l’opération apparaissait comme une rituel de purification permettant une meilleure hygiène pour ceux qui n’avaient pas facilement accès à l’eau. Aujourd’hui, la justification de la circoncision est surtout religieuse. Dans la religion juive la Brith Milah est un rite de passage à part entière. Ayant lieu le huitième jour après la naissance de l’enfant, la circoncision est justifiée dans le Livre de La Genèse par les propos suivants que Dieu tient à Abraham : ‘Voici l’obligation que je vous impose et à laquelle vous vous soumettrez, toi et tes descendants : Quiconque est parmi vous de sexe masculin devra être circoncis. Votre circoncision sera le signe de l’alliance établie entre vous et moi.’ ( Genèse 17: 9-14). Dans la religion musulmane la circoncision, si elle n’est pas spécifiée dans le Coran, relève de la tradition (sunna). L’opération est la plupart du temps réalisée avant la puberté, soit bien plus tard que dans le judaïsme.

Aux Etats-Unis, la circoncision reine?

Comme le montre le graphique ci-dessous, produit par le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américain, la circoncision tend à décroître aux Etats-Unis. Ainsi, entre 1970 et 2010 la circoncision des nouveaux nés aurait baissé de 10 points. En 2010, 58,30% des nouveaux-nés américains étaient cependant toujours circoncis. Il faut ici préciser que la réalité se situe dans une fourchette certainement bien plus élevée car ces chiffres ne prennent pas en compte les circoncisions post-natales pour raisons religieuses. Pour donner un ordre de grandeur, en France 14% des hommes seraient circoncis (sondage TNS, 2008).

figure 2

Une grande disparité se dégage entre les régions américaines. Les chiffres varient ainsi de 71% dans le Midwest à 40,2% dans l’Ouest du pays. Ces variations régionales peuvent notamment être expliquées par la présence, dans l’Ouest du pays, de nombreux hispaniques qui sont traditionnellement moins sujets à la circoncision.

Figure 1.PNG

S’ils ne sont plus aujourd’hui que 58,30% à être circoncis à la naissance, il faut néanmoins prendre en compte les circoncisions religieuses ainsi que toutes les circoncisions commises dans le passé. En effet, c’est chez les hommes américains âgés de 30 ans et plus que se trouve le nombre le plus important de circoncis. De manière globale une écrasante majorité d’hommes américains est donc circoncise. De plus, si les circoncisions religieuses ne sont pas prises en compte, quelles peuvent donc être les raisons qui poussent tant de parents américains à demander que le prépuce de leur enfant soit retiré?

Une pratique, différentes perspectives

Aux Etats-Unis, les raisons qui poussent les parents à circoncire leurs enfants sont multiples. Il nous faut ici, en plus des simples justifications religieuses qui n’expliquent qu’une minorité de cas, explorer les différentes motivations.

Une perspective historique et sanitaire : aux XIXème siècle apparaissent les premières études épistémologiques qui démontrent alors que les patients non-juifs (non circoncis) contractent plus souvent la syphilis que les patients juifs (donc circoncis). A la fin XIXème les Etats-Unis considèrent donc déjà que la circoncision est une mesure préventive contre la propagation de maladies. Sur un plan scientifique, la circoncision protégerait en effet des infections sexuellement transmissibles, notamment du VIH. Permettant un épaississement de la barrière muqueuse l’opération rend plus improbable la propagation des lésions qui sont responsables de la contamination au VIH. Certaines études démontrent ainsi que la circoncision permettrait en Afrique de réduire considérablement le risque de contamination au virus. Néanmoins, cette logique fait sens uniquement dans des pays dans lesquels on est en présence de deux facteurs : une forte probabilité de contracter le virus ainsi qu’un accès limité au préservatif. Aux Etats-Unis donc, penser que la circoncision protégerait du SIDA est une absurdité. Seul le préservatif, des dépistages réguliers et l’usage de la PrEP protègent du virus. Pour ce qui en est des autres maladies que la circoncision pourrait permettre d’empêcher, elles sont soit très peu répandues (comme le cancer du pénis) ou peuvent être évitées par une bonne hygiène. Le savon, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas en accès limité aux Etats-Unis.

‘Aux Etats-Unis donc, penser que la circoncision protégerait du SIDA est une absurdité.’

Une perspective culturelle : le caractère hygiéniste de la société américaine se situe au croisement des considérations sanitaires et culturelles. Entre santé publique et marqueur social la circoncision raconte cette volonté américaine d’éradiquer la saleté. Sociologiquement, l’ablation du prépuce peut aussi être motivée par une volonté paternelle visant à faire correspondre le nouveau né soit à l’image de son père soit aux autres enfants (qui sont majoritairement circoncis). La circoncision devient ainsi un évitement de la différence, de l’irrégularité. De même, les représentations de l’organe masculin (notamment les dessins) révèlent souvent l’obsession américaine pour les sexes circoncis. Les enfants américains sont donc soumis à ces images, qu’ils ingurgitent, naturalisent et reproduisent. Enfin, on doit l’expansion de la circoncision à une volonté, notamment du corps médical, de mettre un terme à la masturbation masculine. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et d’ONUSIDA, la circoncision est venue répondre à un besoin de limitation de cette masturbation masculine au titre qu’elle pouvait être un signe de démence.

Triptyque_de_la_Circoncision_Philippe_Quantin.jpg
Triptyque de la circoncision, Philippe Quantin (1635)

La circoncision est-elle comparable à l’excision?

Non, le circoncision n’est pas l’équivalent masculin de l’excision. Ou tout moins elle ne l’est pas lorsque cette dernière est pratiquée dans sa forme la plus brutale. Il faudrait, pour cela, que l’on coupe le gland de ces messieurs. Ce n’est donc pas ce qu’on pourrait qualifier comme étant une mutilation sexuelle. Néanmoins, le clitoris comme le prépuce sont deux zones érogènes. Ce dernier jouit d’un très important réseau de terminaisons nerveuses qui pose nécessairement la question du plaisir sexuel une fois cette peau retirée. L’ablation du prépuce pourrait ainsi réduire le plaisir sexuel notamment lorsque ce dernier provient d’un frottement entre le prépuce et le gland et parce que cette ablation pourrait réduire la lubrification du pénis. Les études sont néanmoins contradictoires sur le sujet et nous invitent à penser que la circoncision n’a aucun impact sur le plaisir sexuel. Il existe néanmoins un biais de taille dans la collecte des données sur le sujet : les personnes interrogées sont soit circoncises de naissance ou avant la puberté (donc ne connaissent pas la différence en terme de plaisir sexuel) soit circoncises à l’âge adulte pour des raisons médicales (l’ablation du prépuce vient ici améliorer leur vie sexuelle).

Le danger d’une circoncision routinière

L’American Academy of Pediatrics (AAP) est récemment arrivée à la conclusion que si les bénéfices de la circoncision étaient plus élevés que les risques encourus ils n’étaient pas non plus suffisants pour décréter une automaticité de l’opération. La politique de l’AAP est donc de laisser le libre choix aux parents de définir, dans leur contexte religieux, ethnique et culturel, ce qui est le mieux pour leur enfant. Néanmoins, beaucoup sont ceux qui s’opposent radicalement à la circoncision infantile quand elle n’est pas médicalement justifiée. En Juin 2012 c’est le Tribunal de Cologne qui déclarait la circoncision religieuse illégale. En Octobre de la même année c’était à l’Assemblée du Conseil de l’Europe d’assimiler cette opération à une violation des droits de l’enfant. Aux Etats-Unis c’est l’association Intact America qui se bât pour arrêter la circoncision routinière chez les enfants et pour assurer une vie sexuelle saine à tous. En France, le site Droit au corps est le pionner du mouvement intactiviste et mobilise l’article 16-3 du Code civil qui stipule qu’il ne peut être ‘porté atteinte à l’intégrité du corps humain qu’en cas de nécessité médicale pour la personne‘.

La circoncision, si elle est majoritaire aux Etats-Unis, ne doit pas être considérée comme une opération naturelle et automatique. Si ses bénéfices sont prouvés par la science il apparaît qu’une bonne hygiène intime serait capable de fournir les mêmes résultats en terme de santé. La question est donc différente en Afrique où le VIH est plus répandu qu’en Amérique et où l’accès à la contraception et à une hygiène basique est limitée. Le but de cet article n’est pas de trancher sur le bien-fondé ou le mal supposé de la circoncision. Non, le but est ici de questionner l’utilisation d’une telle pratique dans un contexte occidental, de revenir aux motivations premières et de questionner le degré d’information qu’ont les parents à leur disposition avant de faire ce choix pour leurs enfants. Il n’est pas non plus question de remettre en cause le droit légitime des parents à choisir ce qu’ils pensent être bon pour leurs garçons. Néanmoins, la circoncision n’est pas un acte anodin et ne peut pas être justifiée par la seule habitude acquise par une société. Apprendre aux petits garçons qu’une bonne hygiène corporelle est une marque de dignité et de respect envers soi comme envers l’Autre, voilà qui, pour les circoncis comme les non-circoncis, devrait être une priorité.


La rédaction tient à remercier Florian pour son aide apportée lors de la recherche du titre de cet article.

2 commentaires sur “Quick couic : une brève histoire de la circoncision.

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