« Réparer le lien » entre l’Eglise et l’Etat, l’hasardeux combat d’Emmanuel Macron.

Pendant une heure, le 9 avril dernier, Emmanuel Macron s’est employé à « réparer le lien » entre l’Eglise catholique et l’Etat français. Répondant à l’invitation lancée par la Conférence des Évêques de France (CEF) le Président de la République a appelé les catholiques à réinvestir « la scène politique, nationale comme européenne » et à rebâtir, dans un effort commun, le lien de confiance entre le politique et le religieux. 


Une main tendue à l’électorat catholique

S’exprimant devant quelque quatre cents invités, Emmanuel Macron a tenu à montrer son opposition aux Hommes politiques qui, pendant longtemps, ont « profondément méconnu les catholiques de France« .Ici, le chef de l’Etat fait certainement référence au quinquennat de François Hollande et à la cristallisation des tensions autour du mariage pour tous. Hypothétiquement renvoyés aux marges du débat, les catholiques se seraient désintéressés de la politique voire pire, radicalisés. Voilà peut-être la seconde raison qui motive cette main tendue aux catholiques. Un sondage IFOP pour La Croix et Le Pèlerin, paru le 08 mai 2017, démontrait ainsi que 46% des pratiquants occasionnels et 29% des pratiquants réguliers votaient pour le FN. Ici, ce n’est donc plus à l’Eglise qu’Emmanuel Macron s’adresse mais bien aux électeurs catholiques qui doivent, selon lui, revenir dans le jeu républicain. Néanmoins, l’ambiguïté est là. C’est entre l’Eglise et l’Etat que le lien s’est soi-disant abîmé, c’est-à-dire entre deux institutions différentes et non entre les croyants et le politique. En choisissant de s’exprimer devant la Conférence des évêques de France, Emmanuel Macron a délibérément fait le choix de parler aux cardinaux et aux évêques et non aux croyants. De la même manière, la CEF étant une institution religieuse (à l’inverse, par exemple, de la Fondation pour l’Islam de France). la parole déployée par le Président de la République avait une une dimension volontairement religieuse et non culturelle.

L’apport historique du christianisme à la France

 » Une Eglise prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation  » déclarait le chef de l’Etat. Déterminant ainsi ce que doivent ou ne doivent pas faire les Eglises, Emmanuel Macron s’égare dans de biens étranges catéchismes. «  Un Président de la République prétendant se désintéresser de l’Eglise et des catholiques manquerait à son devoir.  » Voilà donc l’ambition du Président ; que l’Eglise se saisisse de son époque et que le politique retrouve l’Eglise et ses croyants.  Pour ce faire, Emmanuel Macrons s’est attaché à retracer le grand lignage qui lie les catholiques à la République. De « l’union sacrée de 1914 » aux « pères de l’Europe » le chef de l’Etat a inscrit son discours dans une forme de continuité historique. L’Eglise catholique serait traditionnellement et de manière consubstantielle liée au politique. Tout cela se complique néanmoins lorsque le Président choisit de parler de la mort du colonel Beltrame comme preuve que la foi est un puissant vecteur d’altruisme. Si le colonel Beltrame s’est sacrifié, ce n’est pas grâce à son « humanisme » ou à une quelconque « morale judéo-chrétienne sécularisée » mais bien grâce à sa croyance. Ainsi, si Arnaud Beltrame a bénéficié d’un hommage national, s’il a ainsi accédé au statut d’héros de la République il est maintenant arraché à l’universel pour retourner dans les mains de l’Eglise. Que l’engagement du colonel fût motivée par des croyances religieuses, certainement. Néanmoins, par ses propos Emmanuel Macron fait basculer  le colonel du statut de héros au statut de martyr. Ayant conscience de la subversivité de ses propos, le chef de l’Etat s’est empressé de préciser que « nous comptons aussi des martyrs et des héros de toutes confessions » et que « reconnaître les uns n’est pas diminuer les autres« . Ainsi, plutôt que de s’adresser à l’héroïsme dans ce qu’il a d’universel, Emmanuel Macron choisit de réintégrer le religieux comme possible explication de cet héroïsme. Néanmoins, louer la foi des uns conduit nécessairement à la célébration de la foi des autres. Des résistants jusqu’aux pères de l’Europe, de la démocratie-chrétienne jusqu’aux héros contemporains, le chef de l’Etat est incapable de dissocier foi et politique. Là où il faudrait voir l’oeuvre de citoyens il voit l’oeuvre de croyants. Là où il faudrait célébrer l’engagement citoyen, il se condamne à féliciter chacun selon son individualité.

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© Gouvernement.fr

« Je ne suis ni l’inventeur ni le promoteur d’une religion d’Etat substituant à la transcendance divine un credo républicain » déclarait le Président. Ayant visiblement décidé d’enfoncer des portes ouvertes, ce dernier s’est employé à rassurer les évêques de France sur la place de l’Etat. On rappellera ainsi que, des lois de 1905 au principe de laïcité, la solution existe déjà. La création symbolique d’un espace privé et d’un espace public répond à cette question. La religion ne doit pas déborder sur le politique car elle relève de l’intime et s’exprime librement dans le privé. Le politique ne doit pas s’immiscer dans le religieux tant que ce dernier reste dans le privé. Ainsi, il n’est pas pertinent de parler de « religion d’Etat » et de transcendances concurrentes. Le religieux, et plus particulièrement le spirituel, a sa propre logique, ses propres motifs, sa propre vérité. Parfois en synergie, souvent en opposition, le politique et le religieux cohabitent en France grâce à cette distinction fondamentale entre privé et public et son corollaire, la laïcité.

De vives réactions

Si Emmanuel Macron a précisé que la parole de l’Eglise ne pouvait être « injonctive » sur la question des migrants, de la PMA ou du suicide médicalement assisté, l’accueil de ses propos fût néanmoins très favorable. « J’ai bu du petit-lait » résumait le père Laurent Stalla–Bourdillon, aumônier des parlementaires.

A gauche on s’est vite saisi des propos du Président de la République afin de dénoncer ce qui semble être, pour beaucoup, une atteinte à la laïcité. Pour Jean-Luc Mélenchon « remettre en cause la séparation des églises et de l’État, c’est ouvrir la porte de la politique aux fondamentalistes de toutes les religions. » Olivier Faure, le nouveau premier secrétaire du PS, déclare quant-à-lui « Toute la loi de 1905. Rien que la loi. » On précisera ici que le principe de laïcité, dont on regrette ici le dévoiement, ne se borne pas à la loi de 1905. Il est le principe qui découle de cette loi mais qui n’est pas pour autant borné au texte.

jlm

Marine Le Pen, interviewée mardi matin sur RTL, déclarait quant-à-elle « Le président de la République tente d’anesthésier les catholiques pour pouvoir demain s’attaquer à la loi de 1905. » On comprendra ici, entre les lignes, qu’Emmanuel Macron serait en train de détricoter la laïcité afin d’accommoder les volontés des français musulmans.

 

En somme, Emmanuel Macron s’est présenté devant l’Eglise afin de lui spécifier qu’elle devait parler, mais qu’elle ne pourrait pas avoir de poids dans les processus décisionnaires. Un droit de parole, voilà donc un bien maigre cadeau dans un pays dans lequel l’Eglise ne semble pas contrainte au mutisme. Il y a là quelque chose de cette inconsistance dont Emmanuel Macron maîtrise parfaitement l’usage. Il dit à chacun ce qu’il veut entendre et, quitte à ne rien accorder sur le plan politique, accorde néanmoins son temps et ses mots. Ce discours remplit donc un rôle à la fois symbolique et pragmatique. Se positionnant à l’opposé de son prédécesseur Emmanuel Macron souhaite faire revenir les croyants vers la politique et, plus largement, vers la République (en marche?).

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