Génération somnambule et souveraineté introuvable, panorama de l’Europe macroniste.

A l’occasion de son discours devant le Parlement européen, Emmanuel Macron a réaffirmé aujourd’hui sa vision d’une Europe mobile, réformée, et souveraine. Alors que les prochaines élections européennes auront lieu en mai 2019, le Président a souhaité définir les grands axes sur lesquels l’Union Européenne devra travailler avant la fin de l’actuelle mandature. 


Une souveraineté européenne introuvable

C’était le point cardinal du discours d’Emmanuel Macron : renforcer une souveraineté européenne. De la sécurité au numérique en passant par la santé, l’alimentation ou le climat, le chef de l’Etat a insisté sur la nécessaire quête d’une souveraineté complémentaire, et non pas de substitution, aux souverainetés nationales. Si Emmanuel Macron prend des précautions oratoires en précisant que cette nouvelle souveraineté ne doit pas se substituer à celles déjà existantes, son discours se heurte néanmoins à des incohérences fondamentales. Comment peut-on bâtir une souveraineté sans peuple? L’idée même de souveraineté suppose l’existence d’un peuple qui puisse être à-même de décider de son destin, ou tout du moins de le remettre de manière indépendante dans les mains de ses représentants. L’article 3 de la Constitution française stipule ainsi que « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. » On comprend donc difficilement quels peuvent être les contours de cette souveraineté nouvelle. De quel peuple s’agit-il ici? Si les peuples européens ont en effet une histoire commune l’Union Européenne, elle, ne réussit pas à faire émerger la conscience d’une appartenance collective. Pour que cette dernière se mette en place il faudrait l’adhésion à un projet, à des valeurs, et la reconnaissance, par les peules européens, de la légitimité de leurs représentants. Les deux conditions de la souveraineté, le peuple et la légitimité accordée à ses représentants, ne sont donc pas remplies.

Pour Emmanuel Macron, l’Europe doit être une forme de plébiscite de tous les jours. Ce dernier s’est ainsi félicité de la construction d’universités européennes et l’expansion du programme Erasmus. Car si l’Europe est un plébiscite, encore faut-il que les peuples (et non pas les technocrates) y croient. La création d’un peuple ex-nihilo à grands coups de mobilité et d’échanges scolaires semble être une des solutions privilégiées pour créer l’Europe de demain. Pour ce qui en est du projet politique commun, Emmanuel Macron s’est félicité de l’exigence européenne en matière économique, géopolitique, diplomatique, mais aussi et surtout dans la défense des libertés individuelles et du respect des minorités. On peut ainsi légitimement se demander de quelles valeurs il est ici question. La proposition du gouvernement polonais de durcir la législation sur l’avortement en fait-elle partie? Les murs construits par la Hongrie afin d’interdire l’entrée sur son territoire aux réfugiés sont-ils compris dans ces valeurs? Le règlement de Dublin qui fait peser sur une minorité de pays européens une majorité de la pression migratoire s’inscrit-il dans ce projet humaniste? Ce socle de valeurs, qui constitue pourtant le point saillant du discours européen, n’existe pas.

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Récit d’une génération « somnambule »

« Je ne veux pas appartenir à une génération somnambule » a affirmé Emmanuel Macron. Renouant ainsi avec l’éternel discours sur l’Europe de la paix comme unique rempart au retour des heures sombres de notre histoire, le chef d’Etat a tenu à rappeler les risques que feraient peser un éclatement de l’Union Européenne. Ainsi, tout au long de son discours, Emmanuel Macron a distillé des allusions à la « guerre civile européenne« , aux « égoïsmes nationaux« , à la « montée de l’autoritarisme« et au « repli sur soi« . Il n’y a ici rien de surprenant à ce que le Président reprenne le champ lexical ô combien usé de l’égoïsme national. Si la critique des poussées réactionnaires et nationalistes en Europe est plus que jamais légitime, elle ne doit néanmoins pas effacer le débat nécessaire sur l’avenir de l’Union Européenne. Des « europhobes » aux réformistes modérés, un débat nécessaire doit avoir lieu, si possible en se départissant des anathèmes traditionnels. Si l’extrême-droite est souvent europhobe, une part conséquente de souverainistes restent néanmoins dans le jeu républicain et ne doivent pas être disqualifiés pas les choix opportunistes des extrémistes européens. Ainsi, nul besoin d’entreprendre des condamnations en égoïsme et en nationalisme auprès de ceux qui, justement, permettent aux européens d’exprimer leur besoin de changement autrement que par un vote extrême. Emmanuel Macron s’attelle ici à disqualifier ceux qui jouent sur les peurs en jouant lui-même sur la peur de la guerre. Cela lui permet, parallèlement, de présenter l’Europe, son Europe, comme celle de la modernité, du futur et de la démocratie. « A Strasbourg comme à Bruxelles vous faites vivre, chaque jour, cette démocratie en Europe. » s’est ainsi félicité le Président de la République.

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