Au Burundi, un référendum constitutionnel meurtrier.

A quelques jours d’un référendum constitutionnel qui devrait permettre au président burundais de briguer deux nouveaux septennats, 26 personnes sont mortes lors de l’attaque d’un village au nord-est du pays.


Une attaque meurtrière

C’était dans la nuit de vendredi à samedi. Un groupe armé, dont l’identité reste pour l’instant inconnue, a tué 26 personnes et blessé 7 autres dans un village de la province de Cibitoke, au nord-est du pays. L’attaque, dénoncée comme « terroriste » par le ministre de la Sécurité Alain Guillaume Bunyoni, aurait été d’une violence inouïe. Après avoir fusillés, brûlés vifs ou égorgés, leurs victimes les assaillants se seraient réfugiés vers la République Démocratique du Congo (RDC) voisine. Pour l’heure, deux visions s’affrontent. Pour certains, notamment les pouvoirs publics, cette attaque est le fruit d’une milice étrangère au pays. Néanmoins, pour d’autres (notamment les habitants du village), les assaillants étaient sans nul doute burundais. A quelques jours d’un référendum constitutionnel qui pourrait permettre à Pierre Nkurunziza, président du Burundi depuis 2005, de briguer deux nouveaux mandats, l’hypothèse d’une répression commanditée par les pouvoirs publics semble plus que jamais plausible.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Pierre_Nkurunziza_-_World_Economic_Forum_on_Africa_2008_1.jpg
Pierre Nkurunziza, actuel président burundais © World Economic Forum /Eric Miller

Un projet de réforme constitutionnelle contesté

L’article 97 de la nouvelle Constitution qui sera soumise au vote populaire le 17 mai prochain précise que « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de sept ans renouvelable ». Le passage du quinquennat au septennat pourrait permettre à Nkurunziza de rester au pouvoir jusqu’en 2034. Arrivé à la tête du pays en 2005, le président avait brigué les deux mandats permis par l’actuelle Constitution. En 2015, décidant de briguer un troisième mandat, le président plonge le pays dans une crise politique par sa seule candidature. Après une tentative ratée de putsch en mai 2015, la répression s’intensifie et conduit près de 420 000 burundais à quitter le pays. L’opposition en exil, regroupée au sein de la coalition Cnared, a appelé la population à « boycotter » le référendum de Vendredi prochain qui reviendrait sur l’Accord de paix d’Arusha signé en 2000. Cet accord, qui avait alors pour but de trouver une issue au conflit ethnique ayant touché le pays de 1993 à 2000, stipulait que le président en fonction ne pouvait se présenter plus de deux fois consécutives. Ainsi, allant à l’encontre de cette règle, l’actuel président avait dernièrement commencé à déployer dans les zones frontalières du pays des groupes de soldats chargés de réprimer d’éventuelles actions perturbatrices menées par l’opposition en exil.

L’inquiétude des ONG

Si la nouvelle Constitution précise dans son préambule l »attachement au respect
des droits fondamentaux de la personne humaine », nombreuses sont les ONG qui s’inquiètent de la répression accrue qui s’abat sur le pays à l’approche du référendum. L’ONG Human Rights Watch (HRW) raconte ainsi : les passages à tabac, les arrestations et les meurtres de ceux dont on pense qu’il ne voteront pas ou qu’ils voteront contre le projet de Constitution. Un décret présidentiel prévoit ainsi une peine d’un à trois ans de prison pour ceux qui tenteraient de convaincre les électeurs de « s’abstenir de voter ». Cette même répression s’incarne aussi dans un contrôle grandissant des médias. Début mai, la radio britannique BBC et la VOA américaine se voyaient interdites de transmission au Burundi pour « manquements à la loi régissant la presse ».

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