Maryam Pougetoux : le débat impossible?

EDITO – C’est l’affaire dont tout le monde parle actuellement. L’apparition dans les médias de Maryam Pougetoux, représentante de l’Unef à l’université Paris-IV, arborant un hidjab, suscite de vives réactions de part et d’autre du spectre politique comme médiatique. 


Doit-on s’abandonner, à l’image de Marlène Schiappa, à des remarques sur le décalage entre le port du hidjab de la jeune femme et les valeurs progressistes, laïques et féministes de l’Unef? Pas certain. Les petites phrases et les observations des membres du gouvernement font certainement plus de mal que de bien au débat politique. Dans le cas présent, le port de ce voile étant tout à fait légal, il n’y a pas matière à convoquer les pouvoirs publics dans ce qui peut être un débat mais dont il nous faut préciser les contours. L’angle qui a été choisi pour décrypter le symbole politique derrière le port de ce voile est le mauvais. S’attarder à d’hasardeuses remarques sur le caractère féministe ou non de ce voile revient à s’éloigner de la seule question qui vaille : celle de la laïcité. Si elle ne semble ici pas réellement compromise elle doit néanmoins rester le point de focalisation du débat en ce qu’elle nous empêche de partir dans des débats stériles sur la place des femmes dans l’islam. Non, si débat il doit y avoir, il doit partir des règles communes que nous nous sommes fixés, de la loi et de ses principes philosophiques.

Néanmoins, si le politique doit s’abstenir de tweeter ses réactions passionnelles, rien n’empêche d’ouvrir un débat serein sur ce que ce voile signifie. Il y a cinquante an, l’Unef participait à ce qui deviendra vite un événement marquant de l’histoire politique française du XXème siècle : mai 68. Sommes-nous donc face à une continuité ou à une rupture? La réponse la plus évidente est certainement celle qui reviendrait à dire que le port de ce hijab contredit l’héritage même de mai 68 : la libération sexuelle, le rejet de l’autorité et des structures traditionnelles. Néanmoins, étant donnée l’essence libertaire du mouvement, la tenue de Maryam Pougetoux ne semble pas être en contradiction avec cet héritage. La liberté du choix individuel, l’émancipation de l’autorité traditionnelle ainsi que l’auto-détermination sont des éléments fondateurs de cet héritage et permettent tout à fait de justifier le port de ce voile comme sa critique.

« Je réfute le fait que l’on puisse dire que mon voile est un symbole politique » affirmait la jeune femme dans une interview donnée à Buzzfeed. Si l’on peut tout à fait comprendre qu’elle-même ne pense pas son hidjab comme étant une revendication politique ou une forme de prosélytisme, il en va néanmoins autrement de la perception que peuvent en avoir les français. Rien n’est politique par essence, tout le devient par un processus de politisation opéré par les citoyens, les médias, les corps intermédiaires ou les Hommes politiques. Dans le cas de Maryam Pougetoux il a été décidé que son voile faisait sens étant donné le statut qu’elle occupe dans l’Unef. On peut estimer que ce débat est futile, notamment car il est vite réglé par la question de la légalité, mais on ne peut pas décréter que le port de ce hidjab ne doit pas avoir de connotations politiques. Tout d’abord il n’est pas ici question d’un « simple » voile mais d’un hidjab, c’est à dire un voile qui couvre les cheveux, les oreilles et le cou. Ainsi, se poser la question du degré de rigorisme dans la l’interprétation des textes, notamment lorsqu’on est représentante d’un syndicat étudiant, semble légitime dans le cadre d’un tel débat. Il n’est pas ici question de délégitimer ou de discréditer une jeune femme dont il paraît évident qu’elle partage les valeurs du syndicat qu’elle représente. Nous sommes néanmoins en droit d’interroger le retour du religieux à gauche, la manière dont le libéralisme social justifie tout et son contraire et les points de divergence fondamentaux qui peuvent exister dans cette myriade qu’est le féminisme contemporain. Pour cela, il nous faut néanmoins créer un espace de débat sain : c’est à dire protégé des récupérations politiques, des petites phrases et autres inquisitions numériques telles qu’elles se développent à chaque fois qu’un débat de la sorte surgit dans l’espace public. Il nous faut aussi accepter de quitter Maryam Pougetoux pour produire une réflexion universelle qui tutoie l’Homme plutôt que les hommes, qui embrasse, qui embrase, les idées plutôt les individus.

 

 

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