Antibiorésistance : la santé mondiale en danger.

Les antibiotiques ont constitué l’une des avancées les plus remarquables de la médecine contemporaine en faisant reculer la mortalité associée aux maladies infectieuses. Néanmoins, leur utilisation abusive dans le cadre de la santé humaine comme animale engendre progressivement l’avènement de nouvelles bactéries devenues résistantes. La communauté internationale, alertée par l’OMS en 2015, s’est ainsi mobilisée afin d’éviter que l’humanité ne revienne cent ans en arrière en basculant dans une ère « post-antibiotique » où l’on pourrait de nouveau mourir d’une simple infection bactérienne.


Antibiorésistance, un processus dynamique

L’OMS définit l’antibiorésistance comme la situation dans laquelle « l’évolution des bactéries rend les antibiotiques inefficaces chez les personnes qui en ont besoin pour traiter une infection ». Ce phénomène naturel peut être expliqué par le plus simple des darwinismes : si les espèces survivent, c’est qu’elles s’adaptent à leur environnement. Les antibiotiques, qui sont à l’origine des molécules naturellement synthétisées par des micro-organismes afin de lutter contre des bactéries présentes dans leur environnement, n’échappent pas à cette règle. Qu’ils soient naturels, semi-synthétiques ou de synthèse, qu’ils s’attaquent à une ou plusieurs bactéries, ils seront à un moment ou à un autre contrés par la résistance développée par les bactéries.

Le premier antibiotique identifié fut la pénicilline. On doit sa découverte à Alexander Fleming qui, en 1928, s’aperçoit que ses cultures bactériennes ont été contaminées par un champignon qui avait alors stoppé la reproduction des bactéries. Cette découverte sera ensuite exploitée à l’échelle industrielle et engendrera la découverte d’autres antibiotiques comme le prontosil, le premier antibiotique de synthèse. Néanmoins, dès les années 1970 on découvre que chaque nouvel antibiotique engendre des résistances. Ainsi, il n’aura fallu que trois ans après la mise sur le marché de la pénicilline pour que les bactéries ne développent un gêne de la résistance. Cette résistance peut s’expliquer de deux manières différentes. Dans le premier cas le chromosome qui porte le matériel génétique de la bactérie mute sans raison apparente et ferme ainsi le point d’entrée de l’antibiotique dans la bactérie qui, elle, transmettra ensuite la résistance en se répliquant. Dans le second cas une bactérie déjà résistante entre en contact avec une bactérie qui, elle, ne l’est pas. En transmettant son gène de la résistance dans son entourage, cette bactérie participe à l’élimination progressive de toutes les autres bactéries sensibles à l’antibiotique.

La rencontre entre une augmentation constante de la consommation d’antibiotiques et une offre de nouveaux antibiotiques qui, elle, est limitée, pourrait donc potentiellement créer une crise sanitaire majeure. Selon l’OMS l’antibiorésistance cause déjà 700 000 décès par an, le chiffre pouvant atteindre les 10 millions d’ici à 2050.

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Photo de rawpixel sur Unsplash

Une résistance imputable à l’activité humaine

Si l’antibiorésistance, comme expliqué plus haut, est en effet un processus dynamique, elle est aussi décuplée par des pratiques humaines. La surconsommation, la mauvaise consommation ou encore le non-respect des durées de traitement des antibiotiques faciliteraient ainsi la reproduction des gênes de la résistance chez l’Homme. Si nous nous tirons donc directement une balle dans le pied, nous le faisons aussi par le biais de nos élevages. L’OMS estime que plus de la moitié des antibiotiques produits dans le monde sont destinés aux animaux afin de faciliter leur croissance et de lutter contre la propagation de maladies au sein des élevages. Cette sur-utilisation auprès des animaux entraîne elle-même une résistance bactérienne et se transmet par la suite à l’Homme à travers la consommation de produits issus de ces élevages mais aussi par la contamination des eaux par les déjections animales et humaines. De plus, compte tenu de l’ampleur du tourisme médical et des migrations, les résistances aux antibiotiques se propagent à un rythme exponentiel et s’installent progressivement dans des lieux propices à leur propagation (hôpitaux,  cabinets de vétérinaires etc…)

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Photo de Tiphaine sur Unsplash

Une nouvelle course contre la montre

La quête de nouvelles solutions est donc enclenchée par les pouvoirs publics afin de répondre le plus rapidement et efficacement possible à la crise sanitaire qui se profile. Ces solutions sont multiples :

  • La réduction de notre consommation d’antibiotiques (la France étant toujours parmi les plu gros consommateurs au monde) dans la santé humaine comme animale.
  • Prendre des mesures d’assainissement, d’hygiène et de prévention des infections, notamment en milieu hospitalier.
  • La distinction entre infections virales (non-traitées par les antibiotiques) et infections bactériennes (traitées par les antibiotiques). Des tests de dépistage existent déjà et peuvent permettre, par exemple, de déterminer si une angine est d’origine virale ou bactérienne afin de mettre un terme à la prescription automatique d’antibiotiques.
  • Favoriser l’utilisation d’antibiotiques qui ne ciblent qu’une bactérie en particulier et se tenir à une consommation raisonnée dans le temps comme dans les doses.
  • La recherche de nouveaux antibiotiques en laboratoire, qui est largement conditionnée par les financements qui lui sont alloués. Le problème réside néanmoins dans le manque de rentabilité que constitue le marché des antibiotiques pour l’industrie pharmaceutique comparé aux médicaments donnés sur le long terme.
  • La recherche de nouveaux antibiotiques dans la nature. C’est là un des aspects les plus incroyables de la recherche contemporaine. Nombreux sont les chercheurs qui arpentent le monde afin de trouver, dans leurs milieux naturels, de nouveaux antibiotiques ayant permis à des espèces (paresseux, alligators, champignons etc…) de survivre au fil du temps.
  • La phagothérapie consiste à administrer des phages, ces virus qui infectent et tuent spécifiquement certaines bactéries. Cette thérapie pourrait permettre d’éliminer les bactéries qui se révèlent pathogènes sans pour autant affecter les autres, contrairement à bon nombre d’antibiotiques qui attaquent un large spectre de bactéries et qui permettent ainsi qu’elles deviennent par la suite résistantes.
  • Les thérapie anti-virulence, elles, ont pour objectif de bloquer les systèmes qui, chez la bactérie, la rendent pathogène pour l’Homme.
  • Modification et actualisation des antibiotiques déjà existants.

 


 

Sources :

INSERM : https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/resistance-antibiotiques

OMS : http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2014/amr-report/fr/

 

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